— Je ne me suis pas trompé! Affirma le marin. On a ça dans la main, naturellement, et la main ne se trompe pas!

— Alors, les convicts seraient donc venus à bord? demanda Harbert.

— Je n'en sais rien, répondit Pencroff, mais ce qui est certain, c'est qu'on a levé l'ancre du Bonadventure et qu'on l'a mouillée de nouveau! Et tenez! Voilà une autre preuve. On a filé du câble de l'ancre, et sa garniture n'est plus au portage de l'écubier. Je vous répète qu'on s'est servi de notre embarcation!

— Mais si les convicts s'en étaient servis, ou ils l'auraient pillée, ou bien ils auraient fui...

— Fui!... où cela?... à l'île Tabor?... répliqua Pencroff! Croyez-vous donc qu'ils se seraient hasardés sur un bateau d'un aussi faible tonnage?

— Il faudrait, d'ailleurs, admettre qu'ils avaient connaissance de l'îlot, répondit le reporter.

— Quoi qu'il en soit, dit le marin, aussi vrai que je suis Bonadventure Pencroff, du Vineyard, notre Bonadventure a navigué sans nous!»

Le marin était tellement affirmatif que ni Gédéon Spilett ni Harbert ne purent contester son dire.

Il était évident que l'embarcation avait été déplacée, plus ou moins, depuis que Pencroff l'avait ramenée à port-ballon. Pour le marin, il n'y avait aucun doute que l'ancre n'eût été levée, puis ensuite renvoyée par le fond. Or, pourquoi ces deux manœuvres, si le bateau n'avait pas été employé à quelque expédition?

«Mais comment n'aurions-nous pas vu le Bonadventure passer au large de l'île? fit observer le reporter, qui tenait à formuler toutes les objections possibles.