Ils étaient tous deux là, depuis dix minutes environ, quand une détonation retentit et fut aussitôt suivie d'aboiements répétés.

L'ingénieur ouvrit la porte, et, voyant encore un reste de fumée à cent pas dans le bois, il fit feu dans cette direction.

Presque aussitôt Top bondit dans le corral, dont la porte fut vivement refermée.

«Top, Top!» s'écria l'ingénieur, en prenant la bonne grosse tête du chien entre ses bras. Un billet était attaché à son cou, et Cyrus Smith lut ces mots, tracés de la grosse écriture de Nab:

«Point de pirates aux environs de Granite-House. Je ne bougerai pas. Pauvre M Harbert!»

CHAPITRE VIII

Ainsi, les convicts étaient toujours là, épiant le corral, et décidés à tuer les colons l'un après l'autre! Il n'y avait plus qu'à les traiter en bêtes féroces. Mais de grandes précautions devaient être prises, car ces misérables avaient, en ce moment, l'avantage de la situation, voyant et n'étant pas vus, pouvant surprendre par la brusquerie de leur attaque et ne pouvant être surpris.

Cyrus Smith s'arrangea donc de manière à vivre au corral, dont les approvisionnements, d'ailleurs, pouvaient suffire pendant un assez long temps. La maison d'Ayrton avait été pourvue de tout ce qui était nécessaire à la vie, et les convicts, effrayés par l'arrivée des colons, n'avaient pas eu le temps de la mettre au pillage. Il était probable, ainsi que le fit observer Gédéon Spilett, que les choses s'étaient passées comme suit: les six convicts, débarqués sur l'île, en avaient suivi le littoral sud, et, après avoir parcouru le double rivage de la presqu'île serpentine, n'étant point d'humeur à s'aventurer sous les bois du Far-West, ils avaient atteint l'embouchure de la rivière de la chute. Une fois à ce point, en remontant la rive droite du cours d'eau, ils étaient arrivés aux contreforts du mont Franklin, entre lesquels il était naturel qu'ils cherchassent quelque retraite, et ils n'avaient pu tarder à découvrir le corral, alors inhabité. Là, ils s'étaient vraisemblablement installés en attendant le moment de mettre à exécution leurs abominables projets.

L'arrivée d'Ayrton les avait surpris, mais ils étaient parvenus à s'emparer du malheureux, et... la suite se devinait aisément!

Maintenant, les convicts — réduits à cinq, il est vrai, mais bien armés — rôdaient dans les bois, et s'y aventurer, c'était s'exposer à leurs coups, sans qu'il y eût possibilité ni de les parer, ni de les prévenir.