«Attendre! Il n'y a pas autre chose à faire! répétait Cyrus Smith. Lorsque Harbert sera guéri, nous pourrons organiser une battue générale de l'île et avoir raison de ces convicts. Ce sera l'objet de notre grande expédition, en même temps...

— Que la recherche de notre protecteur mystérieux, ajouta Gédéon Spilett, en achevant la phrase de l'ingénieur. Ah! Il faut avouer, mon cher Cyrus, que, cette fois, sa protection nous a fait défaut, et au moment même où elle nous eût été le plus nécessaire!

— Qui sait! répondit l'ingénieur.

— Que voulez-vous dire? demanda le reporter.

— Que nous ne sommes pas au bout de nos peines, mon cher Spilett, et que la puissante intervention aura peut-être encore l'occasion de s'exercer. Mais il ne s'agit pas de cela. La vie d'Harbert avant tout.»

C'était la plus douloureuse préoccupation des colons. Quelques jours se passèrent, et l'état du pauvre garçon n'avait heureusement pas empiré. Or, du temps gagné sur la maladie, c'était beaucoup. L'eau froide, toujours maintenue à la température convenable, avait absolument empêché l'inflammation des plaies. Il sembla même au reporter que cette eau, un peu sulfureuse, — ce qu'expliquait le voisinage du volcan, — avait une action plus directe sur la cicatrisation. La suppuration était beaucoup moins abondante, et, grâce aux soins incessants dont il était entouré, Harbert revenait à la vie, et sa fièvre tendait à baisser. Il était, d'ailleurs, soumis à une diète sévère, et, par conséquent, sa faiblesse était et devait être extrême; mais les tisanes ne lui manquaient pas, et le repos absolu lui faisait le plus grand bien.

Cyrus Smith, Gédéon Spilett et Pencroff étaient devenus très habiles à panser le jeune blessé. Tout le linge de l'habitation avait été sacrifié. Les plaies d'Harbert, recouvertes de compresses et de charpie, n'étaient serrées ni trop ni trop peu, de manière à provoquer leur cicatrisation sans déterminer de réaction inflammatoire. Le reporter apportait à ces pansements un soin extrême, sachant bien quelle en était l'importance, et répétant à ses compagnons ce que la plupart des médecins reconnaissent volontiers: c'est qu'il est plus rare peut-être de voir un pansement bien fait qu'une opération bien faite. Au bout de dix jours, le 22 novembre, Harbert allait sensiblement mieux. Il avait commencé à prendre quelque nourriture. Les couleurs revenaient à ses joues, et ses bons yeux souriaient à ses gardes-malades. Il causait un peu, malgré les efforts de Pencroff, qui, lui, parlait tout le temps pour l'empêcher de prendre la parole et racontait les histoires les plus invraisemblables.

Harbert l'avait interrogé au sujet d'Ayrton, qu'il était étonné de ne pas voir près de lui, pensant qu'il devait être au corral. Mais le marin, ne voulant point affliger Harbert, s'était contenté de répondre qu'Ayrton avait rejoint Nab, afin de défendre Granite-House.

«Hein! disait-il, ces pirates! Voilà des gentlemen qui n'ont plus droit à aucun égard! Et M Smith qui voulait les prendre par les sentiments! Je leur enverrai du sentiment, moi, mais en bon plomb de calibre!

— Et on ne les a pas revus? demanda Harbert.