Gédéon Spilett fut atterré devant cette nouvelle complication. Il emmena l'ingénieur à part.

«C'est une fièvre pernicieuse! lui dit-il.

— Une fièvre pernicieuse! s'écria Cyrus Smith. Vous vous trompez, Spilett. Une fièvre pernicieuse ne se déclare pas spontanément. Il faut en avoir eu le germe!...

— Je ne me trompe pas, répondit le reporter. Harbert aura sans doute contracté ce germe dans les marais de l'île, et cela suffit. Il a déjà éprouvé un premier accès. Si un second accès survient, et si nous ne parvenons pas à empêcher le troisième... il est perdu!...

— Mais cette écorce de saule?...

— Elle est insuffisante, répondit le reporter, et un troisième accès de fièvre pernicieuse qu'on ne coupe pas au moyen de la quinine est toujours mortel!»

Heureusement, Pencroff n'avait rien entendu de cette conversation. Il fût devenu fou.

On comprend dans quelles inquiétudes furent l'ingénieur et le reporter pendant cette journée du 7 novembre et pendant la nuit qui la suivit.

Vers le milieu de la journée, le second accès se produisit. La crise fut terrible. Harbert se sentait perdu! Il tendait ses bras vers Cyrus Smith, vers Spilett, vers Pencroff! Il ne voulait pas mourir!... cette scène fut déchirante. Il fallut éloigner Pencroff.

L'accès dura cinq heures. Il était évident qu'Harbert n'en supporterait pas un troisième.