Le vent était toujours violent, mais heureusement il ne pleuvait plus. Tout couché qu'il fut, l'ingénieur, accoudé sur son bras, observait la côte, surtout dans la partie opposée à la mer. Il ne parlait pas, mais il regardait, et certainement le dessin de cette contrée avec ses accidents de terrain, ses forêts, ses productions diverses, se grava dans son esprit.

Cependant, après deux heures de route, la fatigue l'emporta, et il s'endormit sur la litière.

À cinq heures et demie, la petite troupe arrivait au pan coupé, et, un peu après, devant les Cheminées.

Tous s'arrêtèrent, et la litière fut déposée sur le sable. Cyrus Smith dormait profondément et ne se réveilla pas.

Pencroff, à son extrême surprise, put alors constater que l'effroyable tempête de la veille avait modifié l'aspect des lieux. Des éboulements assez importants s'étaient produits. De gros quartiers de roche gisaient sur la grève, et un épais tapis d'herbes marines, varechs et algues, couvrait tout le rivage. Il était évident que la mer, passant par-dessus l'îlot, s'était portée jusqu'au pied de l'énorme courtine de granit. Devant l'orifice des Cheminées, le sol, profondément raviné, avait subi un violent assaut des lames.

Pencroff eut comme un pressentiment qui lui traversa l'esprit. Il se précipita dans le couloir.

Presque aussitôt, il en sortait, et demeurait immobile, regardant ses compagnons...

Le feu était éteint. Les cendres noyées n'étaient plus que vase. Le linge brûlé, qui devait servir d'amadou, avait disparu. La mer avait pénétré jusqu'au fond des couloirs, et tout bouleversé, tout détruit à l'intérieur des Cheminées!

CHAPITRE IX

En quelques mots, Gédéon Spilett, Harbert et Nab furent mis au courant de la situation. Cet accident, qui pouvait avoir des conséquences fort graves, — du moins Pencroff l'envisageait ainsi, — produisit des effets divers sur les compagnons de l'honnête marin.