Un instant après, le marin, Nab et Harbert rentraient.
Il n'y avait pas de doute possible. Les souliers de l'ingénieur s'appliquaient exactement aux empreintes conservées. Donc, c'était Cyrus Smith qui les avait laissées sur le sable.
«Allons, dit-il, c'est moi qui aurai éprouvé cette hallucination, cette absence que je mettais au compte de Nab! J'aurai marché comme un somnambule, sans avoir conscience de mes pas, et c'est Top qui, dans son instinct, m'aura conduit ici, après m'avoir arraché des flots... Viens, Top! Viens, mon chien!»
Le magnifique animal bondit jusqu'à son maître, en aboyant, et les caresses ne lui furent pas épargnées.
On conviendra qu'il n'y avait pas d'autre explication à donner aux faits qui avaient amené le sauvetage de Cyrus Smith, et qu'à Top revenait tout l'honneur de l'affaire.
Vers midi, Pencroff ayant demandé à Cyrus Smith si l'on pouvait le transporter, Cyrus Smith, pour toute réponse, et par un effort qui attestait la volonté la plus énergique, se leva.
Mais il dut s'appuyer sur le marin, car il serait tombé.
«Bon! bon! fit Pencroff! — La litière de monsieur l'ingénieur.»
La litière fut apportée. Les branches transversales avaient été recouvertes de mousses et de longues herbes. On y étendit Cyrus Smith, et l'on se dirigea vers la côte, Pencroff à une extrémité des brancards, Nab à l'autre.
C'étaient huit milles à franchir, mais comme on ne pourrait aller vite, et qu'il faudrait peut-être s'arrêter fréquemment, il fallait compter sur un laps de six heures au moins, avant d'avoir atteint les Cheminées.