Cette mission, il l'avait fidèlement exécutée jusqu'ici, mais, maintenant, pourrait-il en poursuivre l'accomplissement?

Le coup qui avait frappé Michel Strogoff n'était pas mortel. En nageant de manière à éviter d'être vu, il avait atteint la rive droite, où il tomba évanoui entre les roseaux.

Quand il revint à lui, il se trouva dans la cabane d'un moujik qui l'avait recueilli et soigné, et auquel il devait d'être encore vivant. Depuis combien de temps était-il l'hôte de ce brave Sibérien? il n'eût pu le dire. Mais, lorsqu'il rouvrit les yeux, il vit une bonne figure barbue, penchée sur lui, qui le regardait d'un œil compatissant. Il allait demander où il était, lorsque le moujik, le prévenant, lui dit:

«Ne parle pas, petit père, ne parle pas! Tu es encore trop faible. Je vais te dire où tu es et tout ce qui s'est passé depuis que je t'ai rapporté dans ma cabane.»

Et le moujik raconta à Michel Strogoff les divers incidents de la lutte dont il avait été témoin, l'attaque du bac par les barques tartares, le pillage du tarentass, le massacre des bateliers!...

Mais Michel Strogoff ne l'écoutait plus, et, portant la main à son vêtement, il sentit la lettre impériale, toujours serrée sur sa poitrine.

Il respira, mais ce n'était pas tout.

«Une jeune fille m'accompagnait! dit-il.

—Ils ne l'ont pas tuée! répondit le moujik, allant au-devant de l'inquiétude qu'il lisait dans les yeux de son hôte. Ils l'ont emmenée dans leur barque, et ils ont continué de descendre l'Irtyche! C'est une prisonnière de plus à joindre à tant d'autres que l'on conduit à Tomsk!»

Michel Strogoff ne put répondre. Il mit la main sur son cœur pour en comprimer les battements.