Après avoir marché pendant une heure environ, il vint s'asseoir sur un banc adossé à une grande case de bois, qui s'élevait, au milieu de beaucoup d'autres, sur une très-vaste place.
Il était là depuis cinq minutes, lorsqu'une main s'appuya fortement sur son épaule.
«Qu'est-ce que tu fais la? lui demanda d'une voix rude un homme de haute taille qu'il n'avait pas vu venir.
—Je me repose, répondit Michel Strogoff.
—Est-ce que tu aurais l'intention de passer la nuit sur ce banc? reprit l'homme.
—Oui, si cela me convient, répliqua Michel Strogoff d'un ton un peu trop accentué pour le simple marchand qu'il devait être.
—Approche donc qu'on te voie!» dit l'homme. Michel Strogoff, se rappelant qu'il fallait être prudent avant tout, recula instinctivement.
«On n'a pas besoin de me voir,» répondit-il.
Et il mit, avec sang-froid, un intervalle d'une dizaine de pas entre son interlocuteur et lui.
Il lui sembla alors, en l'observant bien, qu'il avait affaire à une sorte de bohémien, tel qu'il s'en rencontre dans toutes les foires, et dont il n'est pas agréable de subir le contact ni physique ni moral. Puis, en regardant plus attentivement dans l'ombre qui commençait à s'épaissir, il aperçut près de la case un vaste chariot, demeure habituelle et ambulante de ces zingaris ou tsiganes qui fourmillent en Russie, partout où il y a quelques kopeks à gagner.