Cependant, le bohémien avait fait deux ou trois pas en avant, et il se préparait à interpeller plus directement Michel Strogoff, quand la porte de la case s'ouvrit. Une femme, à peine visible, s'avança vivement, et dans un idiome assez rude, que Michel Strogoff reconnut être un mélange de mongol et de sibérien:
«Encore un espion! dit-elle. Laisse-le faire et viens souper. Le «papluka» [Sorte de gâteau feuilleté] attend.»
Michel Strogoff ne put s'empêcher de sourire de la qualification dont on le gratifiait, lui qui redoutait particulièrement les espions.
Mais, dans la même langue, bien que l'accent de celui qui l'employait fût très-différent de celui de la femme, le bohémien répondit quelques mots qui signifiaient:
«Tu as raison, Sangarre! D'ailleurs, nous serons partis demain!»
—Demain? répliqua à mi-voix la femme d'un ton qui dénotait une certaine surprise.
—Oui, Sangarre, répondit le bohémien, demain, et c'est le Père lui-même qui nous envoie... où nous voulons aller!»
Là-dessus, l'homme et la femme rentrèrent dans la case, dont la porte fut fermée avec soin.
«Bon! se dit Michel Strogoff, si ces bohémiens tiennent à ne pas être compris, quand ils parleront devant moi, je leur conseille d'employer une autre langue!»
En sa qualité de Sibérien, et pour avoir passé son enfance dans la steppe, Michel Strogoff, on l'a dit, entendait presque tous ces idiomes usités depuis la Tartarie jusqu'à la mer Glaciale. Quant à la signification précise des paroles échangées entre le bohémien et sa compagne, il ne s'en préoccupa pas davantage. En quoi cela pouvait-il l'intéresser?