Pendant les premiers jours de la semaine, le temps s'est modifié avec le vent qui souffle plus vivement. Quelques nuages sont montés du nord, présentant des volutes arrondies. On dirait de grosses bombes qu'une étincelle suffirait à faire éclater.
Ce jour-là — 23 — l'étincelle a jailli, un éclair a sillonné l'espace. Les éclats stridents de la foudre se sont produits avec une intensité rare, mais sans être suivis de ces roulements prolongés que les échos se renvoient dans les pays montagneux. En même temps, les courants atmosphériques se sont déchaînés d'une telle violence que nous n'avons pu tenir sur nos bêtes. Il a fallu en descendre et même s'étendre sur le sol. Zach Fren, Godfrey, Tom Marix et Len Burker ont eu beaucoup de peine à protéger notre kibitka contre l'impétuosité des rafales. Quant à camper sous de tels assauts, à dresser nos tentes entre les touffes de spinifex, impossible d'y songer. En un instant, tout le matériel eût été dispersé, lacéré, mis hors d'usage.
«Cela n'est rien, dit Zach Fren en se frottant les mains. Un orage est bientôt passé.
— Vive l'orage, s'il donne de l'eau!» s'écria Godfrey.
Godfrey a raison: de l'eau! de l'eau! c'est notre cri… Mais pleuvra-t-il?… Toute la question est là?… Oui, c'est toute la question car une pluie abondante, ce serait pour nous la manne du désert. Par malheur, l'air était si sec — ce qui se reconnaissait à la singulière brièveté des coups de tonnerre — que l'eau des nuages pourrait bien rester à l'état de vapeur et ne point se résoudre en pluie. Et pourtant, il eût été difficile d'imaginer un plus violent orage, un plus assourdissant échange de détonations et d'éclairs.
Je pus observer alors ce qui m'avait été dit de l'attitude des aborigènes australiens en présence de ces météores. Ils ne craignent pas d'être frappés du tonnerre, ils ne ferment pas les yeux devant l'éclair, ils ne frémissent pas aux éclats de la foudre. En effet, c'étaient des exclamations de joie que poussaient les noirs de notre escorte. Ils ne subissaient en aucune façon cette impression physique que ressent tout être vivant, lorsque l'espace est chargé d'électricité, au moment où ce fluide se manifeste par le déchirement des nues dans les hauteurs du ciel en feu.
Décidément, l'appareil nerveux est peu sensible chez ces êtres primitifs. Après tout, peut-être saluaient-ils dans cet orage le déluge qu'il pouvait contenir? Et en vérité, cette attente était le supplice de Tantale dans toute son âpreté.
«Mistress Dolly… mistress Dolly, me disait Godfrey, c'est pourtant de l'eau, de la bonne eau pure, de l'eau du ciel, qui est suspendue sur notre tête! Voilà des éclairs qui crèvent ces nuages, et il n'en tombe rien!
— Un peu de patience, mon enfant, lui répondis-je, ne nous désespérons pas…
— En effet, dit Zach Fren, les nuages s'épaississent et s'abaissent en même temps. Ah! si le vent voulait s'apaiser, tout ce vacarme finirait en cataractes!»