15 janvier. — Pendant quelques jours, nous avons conservé cette allure rapide. Deux ou trois fois, il y a eu encore des pluies abondantes. Nous n'avons pas souffert de la soif, et notre réserve a été refaite au complet. Elle est la plus grave de toutes, cette question de l'eau, la plus effrayante aussi, lorsqu'il s'agit d'un voyage au milieu de ces déserts. Elle exige une constante préoccupation. En effet, les puits paraissent être rares sur l'itinéraire que nous suivons. Le colonel Warburton l'a bien reconnu lors de son voyage, qui s'est terminé à la côte ouest de la Terre de Tasman.

Nous vivons désormais sur nos provisions — uniquement. Il n'y a pas lieu de faire entrer en compte le rendement de la chasse. Le gibier a fui ces mornes solitudes. À peine aperçoit-on quelques bandes de pigeons que l'on ne peut approcher. Ils ne se reposent entre les touffes de spinifex, qu'après un long vol, lorsque leurs ailes n'ont plus la force de les soutenir. Néanmoins notre alimentation est assurée pour plusieurs mois, et, de ce côté, je suis tranquille. Zach Fren veille scrupuleusement à ce que la nourriture, conserves, farine, thé, café soit distribuée avec méthode et régularité. Nous-mêmes, nous sommes soumis au sort commun. Il n'y a d'exception pour personne. Les noirs de l'escorte ne peuvent se plaindre que nous soyons mieux traités qu'eux.

Çà et là voltigent aussi quelques moineaux, égarés à la surface de ces régions; mais ils ne valent pas la peine que l'on se fatigue à les poursuivre.

Toujours des myriades de fourmis blanches, rendant très douloureuses nos heures de halte. Quant aux moustiques, la contrée est trop sèche pour que nous en soyons gênés. «Nous les retrouverons dans les lieux humides», a fait observer Tom Marix. Eh bien, mieux vaut encore subir leurs morsures. Ce ne sera pas payer trop cher l'eau qui les attire.

Nous avons atteint Mary-Spring, à quatre-vingt-dix milles de
Waterloo, dans la journée du 23 janvier.

Un groupe de maigres arbres se dresse en cet endroit. Ce sont quelques eucalyptus, qui ont épuisé tout le liquide du sol et sont à demi flétris.

«Leur feuillage pend comme des langues desséchées par la soif», dit Godfrey.

Et cette comparaison est très juste.

J'observe que ce jeune garçon, ardent et résolu, n'a rien perdu de la gaieté de son âge. Sa santé n'est point altérée, ce que je pouvais craindre, car il est à une époque où l'adolescent se forme. Et cette incroyable ressemblance qui me trouble… C'est le même regard, quand ses yeux se fixent sur moi; ce sont les mêmes intonations quand il me parle… Et il a une manière de dire les choses, d'exprimer ses pensées, qui me rappelle mon pauvre John!

Un jour, j'ai voulu attirer l'attention de Len Burker sur cette particularité.