C'est bien ce qui arriva, en effet, et aucune résistance n'eût été possible.

Pendant cette tourmente d'une heure — une heure qui suffit à changer l'aspect de la contrée, en déplaçant les dunes, en modifiant le niveau général du sol — Mrs. Branican et ses compagnons, y compris les deux malades de l'escorte, furent traînés sur un espace de quatre à cinq milles, se relevant pour retomber, roulés parfois comme des brins de paille au milieu d'un tourbillon. Ils ne pouvaient ni se voir ni s'entendre, et risquaient de ne plus se retrouver. Et c'est ainsi qu'ils atteignirent les environs de Joanna-Spring, près des rives de l'Okaover-creek, au moment où, dégagé des dernières brumailles, le jour se refaisait sous les rayons du soleil levant.

Tous étaient-ils présents à l'appel?… Tous?… Non.

Mrs. Branican, la femme Harriett, Godfrey, Jos Meritt, Gîn-Ghi, Zach Fren, Tom Marix, les blancs restés à leur poste, étaient là, et avec eux quatre chameaux de selle. Mais les noirs avaient disparu!… Disparus aussi les vingt autres chameaux — ceux qui portaient les vivres et ceux qui portaient la rançon du capitaine John!…

Et, lorsque Dolly appela Jane, Jane ne répondit pas.

Len et Jane Burker n'étaient plus là.

XII

Derniers efforts

Cette disparition des noirs, des bêtes de selle et des bêtes de bât, constituait pour Mrs. Branican ainsi que pour ceux qui lui étaient restés fidèles une situation presque désespérée.

Trahison fut le mot que prononça tout d'abord Zach Fren — le mot que répéta Godfrey. La trahison n'était que trop évidente, étant données les circonstances dans lesquelles la disparition d'une partie du personnel s'était produite. Tel fut aussi l'avis de Tom Marix, qui n'ignorait rien de l'influence funeste, exercée par Len Burker sur les indigènes de l'escorte…