Le cheminement n'offrait plus aucune difficulté. Pendant ce mois d'avril, dans la province de l'Australie septentrionale, le climat de ces régions est moins excessif, quelque bas qu'elle soit située en latitude. Il était évident que si la caravane de Mrs. Branican avait pu atteindre la Fitz-Roy, elle eût été au terme de ses misères. Quelques jours après, elle serait entrée en communication avec les Indas, car c'est à peine si quatre-vingt-cinq milles séparaient alors John et Dolly l'un de l'autre.
Lorsque Len Burker eut la certitude qu'il n'était plus qu'à deux ou trois journées de marche, il prit le parti de s'arrêter. Emmener Jane avec lui chez les Indas, la mettre en présence du capitaine John, courir le risque d'être dénoncé par elle, cela ne pouvait lui convenir. Par ses ordres, une halte fut organisée sur la rive gauche, et malgré ses supplications, c'est là que la malheureuse femme fut abandonnée à la garde des deux noirs.
Cela fait, Len Burker, suivi de ses compagnons, continua de se diriger vers l'ouest, avec les chameaux de selle et les deux bêtes chargées des objets d'échange.
Ce fut le 20 avril que Len Burker rencontra la tribu, alors que les Indas se montraient si inquiets du voisinage de la police noire, dont la présence avait été signalée à une dizaine de milles en aval. Déjà même Willi se préparait à quitter son campement, afin de chercher refuge dans les hautes régions de cette Terre d'Arnheim, qui appartient à la province de l'Australie septentrionale.
En ce moment, sur les injonctions de Willi, et dans le but de prévenir toute tentative d'évasion de sa part, John était enfermé dans une hutte. Aussi ne devait-il rien apprendre des négociations qui allaient s'établir préalablement entre Len Burker et le chef des Indas.
Ces négociations ne donnèrent lieu à aucune difficulté. Antérieurement, Len Burker avait été en rapport avec ces indigènes. Il connaissait leur chef, et n'eut qu'à traiter la question de rachat du capitaine John.
Willi se montra très disposé à rendre son prisonnier contre rançon. L'étalage que lui fit Len Burker des étoffes, des bimbeloteries, et surtout la provision de tabac qui lui était offerte, l'impressionnèrent favorablement. Toutefois, en négociant avisé, il fit valoir qu'il ne se séparerait pas sans regret d'un homme aussi important que le capitaine John qui depuis tant d'années vivait au milieu de la tribu et lui rendait de réels services, etc., etc. D'ailleurs, il savait que le capitaine était Américain, et n'ignorait même pas qu'une expédition avait été formée en vue d'opérer sa délivrance — ce que Len Burker confirma en disant qu'il était précisément le chef de cette expédition. Puis, lorsque celui-ci apprit que Willi s'inquiétait de la présence de la police noire sur le cours inférieur de la Fitz-Roy river, il profita de cette circonstance pour l'engager à traiter sans retard. En effet, dans son intérêt à lui, Burker, il importait que la délivrance du capitaine demeurât secrète, et, en éloignant les Indas, il y avait toute probabilité que ses agissements resteraient ignorés. La disparition définitive de John Branican ne pourrait jamais lui être imputée, si les gens de son escorte se taisaient à cet égard, et il saurait s'assurer leur silence.
Il suit de là que la rançon ayant été acceptée par Willi, ce
marché fut terminé dans la journée du 22 avril. Le soir même, les
Indas abandonnèrent leur campement et remontaient le cours de la
Fitz-Roy river.
Voilà ce qu'avait fait Len Burker, voilà comment il était arrivé à son but, et, maintenant, on va voir quel parti il allait tirer de cette situation.
C'était vers huit heures du matin, le 23, que la porte de la hutte s'était ouverte. John Branican venait de se trouver en présence de Len Burker.