Cependant, il y avait un point noir à l'horizon de Jos Meritt. Si Mrs. Branican avait retrouvé le capitaine John, le célèbre collectionneur n'avait point retrouvé le chapeau, dont la recherche lui coûtait tant de peines et tant de sacrifices. Être allé jusque chez les Indas, et ne pas être entré en communication avec ce Willi, qui se coiffait peut-être du couvre-chef historique, quelle malchance! Ce qui consola un peu Jos Meritt, il est vrai, ce fut d'apprendre par le mani que la mode des coiffures européennes n'était pas parvenue chez les peuplades du nord-ouest, contrairement à ce que Jos Meritt avait observé déjà chez les peuplades du nord-est. Donc, son desideratum n'aurait pu se réaliser parmi les indigènes de l'Australie septentrionale. En revanche, il pouvait se féliciter du maître coup de fusil qui avait débarrassé la famille Branican «de cet abominable Len Burker!» comme disait Zach Fren.

Le retour s'opéra aussi rapidement que possible. La caravane n'eut pas trop à souffrir de la soif, car les puits étaient déjà remplis sous les larges averses de l'automne, et la température se maintenait à un degré supportable. D'ailleurs, sur l'avis du mani, on gagna en ligne droite les régions traversées par la ligne télégraphique, où ne manquent ni les stations bien approvisionnées, ni les moyens de communication avec la capitale de l'Australie méridionale. Grâce au télégraphe, on sut bientôt dans le monde entier que Mrs. Branican avait mené à bonne fin son audacieuse expédition.

Ce fut à la hauteur du lac Wood que John, Dolly et leurs compagnons atteignirent l'une des stations de l'Overland-Telegraf- Line. Là, le mani et les agents de la police noire durent prendre congé de John et de Dolly Branican. Ils ne s'en séparèrent pas sans avoir reçu les chaleureux remerciements qu'ils méritaient — en attendant les récompenses que le capitaine leur fit parvenir dès son arrivée à Adélaïde.

Il n'y avait plus qu'à descendre les districts de la Terre Alexandra jusqu'à la station d'Alice-Spring, où la caravane s'arrêta dans la soirée du 19 juin, après sept semaines de voyage.

Là, sous la garde de M. Flint, le chef de la station, Tom Marix retrouva le matériel qu'il y avait laissé, les boeufs, les chariots, les buggys, les chevaux destinés aux étapes qui restaient à parcourir.

Il s'ensuit donc que, le 3 juillet, tout le personnel atteignit le railway de Farina-Town, et le lendemain la gare d'Adélaïde.

Quel accueil fut fait au capitaine John et à sa courageuse compagne! Il y eut concours de toute la ville pour les recevoir, et lorsque le capitaine John Branican parut entre sa femme et son fils au balcon de l'hôtel de King-WilliamStreet, les hips et les hurrahs éclatèrent avec une telle intensité que, suivant Gîn-Ghi, on avait dû les entendre de l'extrémité du Céleste-Empire.

Le séjour à Adélaïde ne fut pas de longue durée. John et Dolly Branican avaient hâte d'être de retour à San-Diégo, de revoir leurs amis, de retrouver leur chalet de Prospect-House, où le bonheur allait rentrer avec eux. On prit alors congé de Tom Marix et de ses hommes, qui furent généreusement récompensés, et dont on ne devait jamais oublier les services.

On n'oublierait pas non plus cet original de Jos Meritt, qui se décida, lui aussi, à quitter l'Australie toujours suivi de son fidèle serviteur.

Mais enfin puisque «son chapeau» ne s'y trouvait pas, où donc se trouvait-il?