— Tenez bon.»
Puis, s'adressant à William Andrew, le capitaine John, plein de reconnaissance, répéta:
«Encore une fois, monsieur Andrew, je vous remercie de m'avoir donné le commandement du Franklin. J'espère que je saurai justifier votre confiance…
— Je n'en doute aucunement, John, répondit William Andrew, et je ne pouvais remettre en de meilleures mains les affaires de ma maison!»
L'armateur serra fortement la main du jeune capitaine et se dirigea vers l'arrière du rouffle.
Mrs. Branican, suivie de la nourrice et du bébé, venait de rejoindre son mari avec M. et Mrs. Burker. L'instant de la séparation était imminent. Le capitaine John Branican n'avait plus qu'à recevoir les adieux de sa femme et de sa famille.
On le sait, Dolly n'en était encore qu'à la deuxième année de son mariage, et son petit enfant avait à peine neuf mois. Bien que cette séparation lui causât un profond chagrin, elle n'en voulait rien laisser voir, et contenait les battements de son coeur. Sa cousine Jane, nature faible, sans énergie, ne pouvait, elle, cacher son émotion. Elle aimait beaucoup Dolly, près de qui elle avait souvent trouvé quelque adoucissement au chagrin que lui causait le caractère impérieux et violent de son mari. Mais, si Dolly dissimulait ses inquiétudes, Jane n'ignorait pas qu'elle les éprouvait dans toute leur réalité. Sans doute, le capitaine John devait être de retour à six mois de là; mais, enfin, c'était une séparation — la première depuis leur mariage — et, si elle était assez forte pour retenir ses larmes, on peut dire que Jane pleurait pour elle. Quant à Len Burker, lui, cet homme dont jamais une émotion tendre n'avait adouci le regard, les yeux secs, les mains dans les poches, distrait de cette scène par on ne sait quelles pensées, il allait et venait. Évidemment, il n'était point en communauté d'idées avec les visiteurs que des sentiments d'affection avaient amenés sur ce navire en partance.
Le capitaine John prit les deux mains de sa femme, l'attira près de lui et d'une voix attendrie:
«Chère Dolly, dit-il, je vais partir… Mon absence ne sera pas longue… Dans quelques mois, tu me reverras… Je te retrouverai, ma Dolly… Sois sans crainte!… Sur mon navire, avec mon équipage, qu'aurions-nous à redouter des dangers de la mer?… Sois forte comme doit l'être la femme d'un marin… Quand je reviendrai, notre petit Wat aura quinze mois… Ce sera déjà un grand garçon… Il parlera, et le premier mot que j'entendrai à mon retour…
— Ce sera ton nom, John!… répondit Dolly. Ton nom sera le premier mot que je lui apprendrai!… Nous causerons de toi tous les deux et toujours!… Mon John, écris-moi à chaque occasion!… Avec quelle impatience j'attendrai tes lettres!…