«Je ne fais que mon devoir, répondit-il, et, tout ce qui dépendra de moi pour retrouver les survivants du Franklin, je le ferai!… Si le capitaine est vivant…
— John est vivant!» dit Mrs. Branican d'un ton si affirmatif que les plus incrédules n'auraient pas osé la contredire.
Le capitaine Ellis mit alors en discussion divers points qu'il était nécessaire de résoudre. Recruter un équipage digne de seconder ses efforts, cela se ferait sans difficultés. Mais restait la question du navire. Évidemment, il n'y avait pas à songer à utiliser le Boundary pour une expédition de ce genre. Ce n'était pas un bâtiment à voiles qui pouvait entreprendre une telle campagne, il fallait un navire à vapeur.
Il se trouvait alors dans le port de San-Diégo un certain nombre de steamers très convenables à cette navigation. Mrs. Branican chargea donc le capitaine Ellis d'acquérir le plus rapide de ces steamers, et mit à sa disposition les fonds nécessaires à cet achat. Quelques jours après, l'affaire avait été conduite à bonne fin, et Mrs. Branican était propriétaire du Davitt, dont le nom fut changé en celui de Dolly-Hope, de favorable augure[4].
C'était un steamer à hélice de neuf cents tonneaux, aménagé de manière à embarquer une grande quantité de charbon dans ses soutes, ce qui lui permettait de fournir un long parcours, sans avoir à se réapprovisionner. Gréé en trois-mâts-goélette, pourvu d'une voilure assez considérable, sa machine, d'une force effective de douze cents chevaux, fournissait une moyenne de quinze noeuds à l'heure. Dans ces conditions de vitesse et de tonnage, le Dolly-Hope, très maniable, très marin, devait répondre à toutes les exigences d'une traversée au milieu de mers resserrées, semées d'îles, d'îlots et d'écueils. Il eût été difficile de faire un choix mieux approprié à cette expédition.
Il ne fallut pas plus de trois semaines pour remettre le Dolly- Hope en état, visiter ses chaudières, vérifier sa machine, réparer son gréement et sa voilure, régler ses compas, embarquer son charbon, assurer les vivres d'un voyage qui durerait peut-être plus d'un an. Le capitaine Ellis était résolu à n'abandonner les parages où le Franklin avait pu se perdre qu'après qu'il en aurait exploré tous les refuges. Il y avait engagé sa parole de marin, et c'était un homme qui tenait ses engagements.
Joindre bon navire à bon équipage, c'est accroître les chances de réussite, et, à cet égard, le capitaine Ellis n'eut qu'à se féliciter du concours que lui prêta la population maritime de San- Diégo. Les meilleurs marins s'offrirent à servir sous ses ordres. On se disputait pour aller à la recherche des victimes, qui appartenaient toutes aux familles du port.
L'équipage du Dolly-Hope fut composé d'un second, d'un lieutenant, d'un maître, d'un quartier-maître et de vingt-cinq hommes, en comprenant les mécaniciens et les chauffeurs. Le capitaine Ellis était certain d'obtenir tout ce qu'il voudrait de ces matelots dévoués et courageux, si longue ou si dure que dût être cette campagne à travers les mers de la Malaisie.
Il va sans dire que, pendant que se faisaient ces préparatifs, Mrs. Branican n'était pas restée inactive. Elle secondait le capitaine Ellis par son intervention incessante, résolvant toutes difficultés à prix d'argent, ne voulant rien négliger de ce qui pourrait garantir le succès de l'expédition.
Entre temps, cette charitable femme n'avait point oublié les familles que la disparition du navire avait laissées dans la gêne ou la misère. En cela, elle avait seulement complété les mesures déjà prises par la maison Andrew et appuyées par les souscriptions publiques. Désormais, l'existence de ces familles était suffisamment assurée, en attendant que la tentative de Mrs. Branican leur eût rendu les naufragés du Franklin.