— J'exécuterais l'ordre que j'ai reçu d'emmener les milices dans l'intérieur, afin d'éviter tout contact avec les fédéraux. Qu'ils s'emparent des villes du comté, soit! Ils ne pourront les garder longtemps, puisqu'ils seront coupés de leurs communications avec la Géorgie ou les Carolines, et nous saurons bien les leur reprendre!

— En attendant, répondit Texar, s'ils étaient maîtres de Jacksonville, ne fût-ce qu'un jour, il faudrait s'attendre à des représailles de leur part… Tous ces prétendus honnêtes gens, ces riches colons, ces antiesclavagistes, reviendraient au pouvoir, et alors… Cela ne sera pas!… Non!… Et plutôt que d'abandonner la ville…»

L'Espagnol n'acheva pas sa pensée; il était facile de la comprendre. Il ne rendrait pas la ville aux fédéraux, ce qui serait la remettre entre les mains de ces magistrats que la populace avait renversés. Il la brûlerait plutôt, et peut-être ses mesures étaient-elles prises en vue de cette oeuvre de destruction. Alors, les siens et lui, se retirant à la suite des milices, trouveraient dans les marécages du Sud d'inaccessibles repaires où ils attendraient les événements.

Toutefois, on le répète, cette éventualité n'était à craindre que pour le cas où la barre livrerait passage aux canonnières, et le moment était venu où se résoudrait définitivement cette question.

En effet, un violent reflux de la populace se produisait du côté du port. Un instant suffit pour que les quais fussent encombrés. Des cris plus assourdissants éclatèrent.

«Les canonnières passent!

— Non! elles ne bougent pas!

— La mer est pleine!…

— Elles essaient de franchir en forçant de vapeur!

— Voyez!… Voyez!…