— Même au prix de la liberté que je vous offre?
— Je ne veux pas de cette liberté.
— Même au prix d'une fortune que je m'engage…
— Je ne veux pas de votre fortune. Et maintenant, messieurs, laissez-moi.»
Il faut en convenir, James et Gilbert Burbank se sentirent absolument démontés par une telle assurance. Sur quoi reposait- elle? Comment Texar osait-il s'exposer à un jugement qui ne pouvait aboutir qu'à la plus grave des condamnations? Ni la liberté, ni tout l'or qu'on lui offrait, n'avaient pu tirer de lui une réponse. Était-ce une inébranlable haine qui l'emportait sur son propre intérêt? Toujours l'indéchiffrable personnage, qui, même en présence des plus redoutables éventualités, ne voulait pas mentir à ce qu'il avait été jusqu'alors.
«Venez, mon père, venez!» dit le jeune officier.
Et il entraîna James Burbank hors de la prison. À la porte, ils retrouvèrent M. Harvey, et tous trois allèrent rendre compte au commandant Stevens de l'insuccès de leur démarche.
À ce moment, une proclamation du commodore Dupont venait d'arriver à bord de la flottille. Adressée aux habitants de Jacksonville, elle disait que nul ne serait recherché pour ses opinions politiques, ni pour les faits qui avaient marqué la résistance de la Floride depuis le début de la guerre civile. La soumission au pavillon étoile couvrait toutes les responsabilités au point de vue public.
Évidemment, cette mesure, très sage en elle-même, toujours prise en pareille occurrence par le président Lincoln, ne pouvait s'appliquer à des faits d'ordre privé. Et tel était bien le cas de Texar. Qu'il eût usurpé le pouvoir sur les autorités régulières, qu'il l'eût exercé pour organiser la résistance, soit! C'était une question de sudistes à sudistes — question dont le gouvernement fédéral voulait se désintéresser. Mais les attentats envers les personnes, l'invasion de Camdless-Bay dirigée contre un homme du Nord, la destruction de sa propriété, le rapt de sa fille et d'une femme appartenant à son personnel, c'étaient là des crimes qui relevaient du droit commun et auxquels devait s'appliquer le cours régulier de la justice.
Tel fut l'avis du commandant Stevens. Tel fut celui du commodore Dupont, dès que la plainte de James Burbank et la demande de poursuites contre l'Espagnol eurent été portées à sa connaissance.