Gilbert et Mars ne cessaient d'étudier ces marques avec une extrême attention. Comme elles pouvaient leur apprendre bien des choses, ils les observaient avec autant de soin que les Séminoles, si habiles à étudier les moindres indices sur les terrains qu'ils parcourent aux époques de chasse ou de guerre.

Ce fut à la suite d'un de ces examens approfondis, que Gilbert put dire affirmativement.

«Mon père, nous avons maintenant la certitude que ni Zermah ni ma soeur ne font partie de la troupe qui nous précède. Comme il n'y a aucune trace des pas d'un cheval sur le sol, si Zermah se trouvait là, il est évident qu'elle irait à pied en portant ma soeur dans ses bras, et ses vestiges seraient aisément reconnaissables, comme ceux de Dy pendant les haltes. Mais il n'existe pas une seule empreinte d'un pied de femme ou d'enfant. Quant à ce détachement, nul doute qu'il soit muni d'armes à feu. En maint endroit, on trouve des coups de crosse sur le sol. J'ai même remarqué ceci: c'est que ces crosses doivent être semblables à celles des fusils de la marine. Il est donc probable que les milices floridiennes avaient à leur disposition des armes de ce modèle, sans quoi ce serait inexplicable. En outre, et cela n'est malheureusement que trop certain, cette troupe est au moins dix fois plus nombreuse que la nôtre. Donc, il faut manoeuvrer avec une extrême prudence à mesure que l'on se rapproche d'elle!»

Il n'y avait qu'à suivre les recommandations du jeune officier. C'est ce qui fut fait. Quant aux déductions qu'il tirait de la quantité et de la forme des empreintes, elles devaient être justes. Que la petite Dy ni Zermah ne fissent point partie de ce détachement, cela paraissait certain. De là, cette conclusion qu'on ne se trouvait pas sur la piste de l'Espagnol. Le personnel, venu de la Crique-Noire, ne pouvait être si important ni si bien armé. Donc, il ne semblait pas douteux qu'il y eût là une forte troupe de milices floridiennes se dirigeant vers les régions méridionales de la péninsule, et, par conséquent, sur les Everglades, où Texar était probablement arrivé depuis un ou deux jours.

En somme, cette troupe, ainsi composée, était redoutable pour les compagnons de James Burbank.

Le soir, on s'arrêta à la limite d'une étroite clairière. Elle avait dû être occupée quelques heures avant, ainsi que l'indiquaient, cette fois, des amas de cendres à peine refroidies, restes des feux qui avaient été allumés pour le campement.

On prit alors le parti de ne se remettre en marche qu'après la chute du jour. La nuit serait obscure. Le ciel était nuageux. La lune, presque à son dernier quartier, ne devait se lever que fort tard. Cela permettrait de se rapprocher du détachement dans des conditions meilleures. Peut-être serait-il possible de le reconnaître, sans avoir été aperçu, de le tourner en se dissimulant sous les profondeurs de la forêt, de prendre les devants pour se porter vers le sud-est, de manière à le précéder au lac Okee-cho-bee et à l'île Carneral.

La petite troupe, ayant toujours Mars et Gilbert en éclaireurs, partit vers huit heures et demie, et s'engagea silencieusement sous le dôme des arbres, au milieu d'une assez profonde obscurité. Pendant deux heures environ, tous cheminèrent ainsi, assourdissant le bruit de leurs pas pour ne point se trahir.

Un peu après dix heures, James Burbank arrêta d'un mot le groupe de Noirs, en tête duquel il se trouvait avec le régisseur. Son fils et Mars venaient de se replier rapidement sur eux. Tous, immobiles, attendaient l'explication de cette brusque retraite.

Cette explication fut bientôt donnée.