— Je serai bien étonné, mon cher Perry, s'il en est un seul qui ait la pensée de le faire.

— Mais voilà que je ne suis plus régisseur des esclaves de
Camdless-Bay?

— Non, mais vous êtes toujours régisseur de Camdless-Bay, et je ne pense pas que votre situation soit amoindrie parce que vous commanderez à des hommes libres au lieu de commander à des esclaves.

— Mais…

— Mon cher Perry, je vous préviens qu'à tous vos «mais», j'ai des réponses toutes prêtes. Prenez donc votre parti d'une mesure qui ne pouvait tarder à s'accomplir, et à laquelle ma famille, sachez- le bien, vient de faire le meilleur accueil.

— Et nos Noirs n'en savent rien?…

— Rien encore, répondit James Burbank. Je vous prie, Perry, de ne point leur en parler. Ils l'apprendront aujourd'hui même. Vous les convoquerez donc tous dans le parc de Castle-House, pour trois heures après midi, en vous contentant de dire que j'ai une communication à leur faire.»

Là-dessus, le régisseur se retira, avec de grands gestes de stupéfaction, répétant:

«Des Noirs qui ne sont plus esclaves! Des Noirs qui vont travailler à leur compte! Des Noirs qui seront obligés de pourvoir à leurs besoins! C'est le bouleversement de l'ordre social! C'est le renversement des lois humaines! C'est contre nature! Oui! contre nature!»

Pendant la matinée, James Burbank, Walter Stannard et Edward Carrol allèrent, en break, visiter une partie de la plantation sur sa frontière septentrionale. Les esclaves vaquaient à leurs travaux habituels au milieu des rizières, des champs de caféiers et de cannes. Même empressement au travail dans les chantiers et les scieries. Le secret avait été bien gardé. Aucune communication n'avait pu s'établir encore entre Jacksonville et Camdless-Bay. Ceux qu'il intéressait d'une façon si directe, ne savaient rien du projet de James Burbank.