La marquise,—quarante ans avoués,—grande, maigre, anguleuse, les cheveux plaqués en longs bandeaux, les lèvres pincées, le nez d'un aquilin très aristocratique, la taille plate, les épaules fuyantes,—n'avait jamais dû être belle; mais, en ce qui touche à la distinction du port et des manières, à l'entente des traditions et privilèges, lord Piborne n'aurait jamais pu se mieux assortir.
John avança un fauteuil armorié sur lequel s'assit la marquise, et il se retira.
Le noble époux s'exprima en ces termes:
«Vous m'excuserez, marquise, si j'ai dû vous prier de vouloir bien quitter vos appartements afin de m'accorder la faveur d'un entretien dans mon cabinet.»
Il ne faut pas s'étonner si Leurs Seigneuries échangent des phrases de cette sorte, même au cours des conversations privées. C'est de bon ton, d'ailleurs. Et puis, ils ont été élevés à l'école «poudre et perruque» de la gentry d'autrefois. Jamais ils ne consentiraient à s'abaisser aux familiarités de ce babil courant que Dickens a si plaisamment appelé «le perrucobalivernage».
«Je suis à vos ordres, marquis, répondit lady Piborne. Quelle question désirez-vous m'adresser?
—Celle-ci, marquise, en vous sollicitant de faire appel à vos souvenirs.
—Je vous écoute.
—Marquise, ne sommes-nous pas partis du château hier, vers trois heures de l'après-midi, pour nous rendre à Newmarket chez M. Laird, notre attorney?»
L'attorney, c'est l'avoué qui fonctionne près les tribunaux civils du Royaume-Uni.