Little Boy, c'était P'tit-Bonhomme. And Co, c'était Bob... et Birk aussi sans doute.

La maison de Bedfort-street se composait de plusieurs appartements, répartis sur trois étages. Le premier étage était occupé par le propriétaire en personne, M. O'Brien, négociant en denrées coloniales, actuellement retiré des affaires après fortune faite, un robuste célibataire de soixante-cinq ans, qui avait la réputation d'un brave homme et qui la méritait. M. O'Brien ne laissa pas d'être fort surpris, lorsqu'il entendit un enfant de onze ans et demi lui proposer de louer l'un des magasins du rez-de-chaussée, vacant depuis quelques mois déjà. Mais comment n'eût-il pas été satisfait des réponses sages et pratiques qu'il fit aux questions posées? Comment n'aurait-il pas éprouvé une réelle sympathie à l'égard de ce garçon, qui lui demandait de consentir un bail, dont il offrait de payer une année d'avance?

Il ne faut pas oublier que le héros de ce roman,—et non un héros de roman, ne point confondre,—paraissait plus âgé qu'il n'était, grâce au développement de sa taille, à la carrure de ses épaules. Cela dit, quand bien même il aurait eu quatorze ou quinze ans, est-ce qu'il n'était pas trop jeune pour entreprendre un commerce, fonder un magasin, même sous cette modeste enseigne: Aux petites poches?

LE RAYON DES JOUETS SE VIDAIT EN QUELQUES HEURES. ([Page 380.])

Toutefois, M. O'Brien n'agit pas comme d'autres eussent peut-être agi de prime abord. Ce garçon, proprement habillé, se présentant, avec une certaine assurance, s'expliquant d'une façon convenable, il ne l'éconduisit pas, il l'écouta jusqu'au bout. L'histoire de ce pauvre abandonné, sans famille, ses luttes contre la misère, les épreuves auxquelles il avait été soumis, son commerce de journaux et brochures à Cork, sa tournée foraine jusqu'à la capitale, tout ce récit l'intéressa vivement. Il reconnut chez P'tit-Bonhomme des qualités si sérieuses, il l'entendit raisonner avec tant de clarté et de bon sens, en s'appuyant sur des arguments solides, il vit dans son passé—le passé d'un enfant de cet âge!—des garanties si sûres pour l'avenir, qu'il fut absolument séduit. L'ancien négociant fit donc bon accueil à P'tit-Bonhomme, il lui promit de l'aider de ses conseils à l'occasion, sa résolution étant prise de suivre de près les essais de son jeune locataire.

Le bail signé, une année payée d'avance, c'est ainsi que P'tit-Bonhomme devint l'un des patentés de Bedfort-street.

Le rez-de-chaussée, loué par Little Boy and Co, se composait de deux pièces, l'une sur la rue, l'autre sur une cour. La première devait servir de magasin, la seconde de chambre à coucher. En retour, s'ouvrait un étroit cabinet et une cuisine, avec fourneau au coke, destinée à la cuisinière, le jour où P'tit-Bonhomme en prendrait une. On n'en était pas là. Pour ce qu'il leur fallait de nourriture, à deux, c'eût été une dépense inutile. Ils mangeraient quand ils auraient le temps, lorsqu'il n'y aurait plus de clientèle à servir. Avant tout, la clientèle.

Et pourquoi la clientèle n'aurait-elle pas fréquenté ce magasin aménagé avec tant de soin, disposé avec tant d'intelligence et de propreté? Il offrait un grand choix d'articles. Sur l'argent qui lui restait, après avoir payé son bail, notre jeune patron avait acheté comptant, chez les marchands en gros ou chez les fabricants, les objets rangés sur les tables et sur les rayons du bazar des Petites Poches.