La Verte Erin, il ne faut point l'oublier, ne fait pas partie de la Grande-Bretagne,—dénomination uniquement applicable à l'Écosse et à l'Angleterre. Le duc de Rockingham était un lord écossais. A l'exemple de tant d'autres qui possèdent les neuf dixièmes de l'île, il n'avait jamais fait l'effort de venir visiter ses terres, et ses tenanciers ne le connaissaient pas. Sous condition d'une somme annuelle, il en abandonnait l'exploitation à ces traitants, ces «middlemen», qui en bénéficiaient en les louant par parcelles aux cultivateurs. C'est ainsi que la ferme de Kerwan dépendait, avec quelques autres, d'un certain John Eldon, agent du duc de Rockingham.
Cette ferme était de moyenne importance, puisqu'elle ne comptait qu'une centaine d'acres. Il est vrai, c'est un pays rude à la culture, celui qu'arrose le cours supérieur de la Cashen, et ce n'est pas sans un excessif labeur que le paysan parvient à lui arracher de quoi payer son fermage, surtout lorsque l'acre lui est loué au prix excessif d'une livre par an.
Tel était le cas de la ferme de Kerwan, dirigée par le fermier Mac Carthy.
C'est là que l'enfant passa la nuit. ([Page 92.])
Il y a de bons maîtres en Irlande, sans doute; mais les tenanciers n'ont le plus souvent affaire qu'à ces middlemen, presque tous hommes durs et impitoyables. Il convient d'observer toutefois que l'aristocratie, qui est assez libérale en Angleterre et en Écosse, se montre plutôt oppressive en Irlande. Au lieu de rendre la main, elle tire sur les rênes. Une catastrophe est à craindre. Qui sème la haine récolte la rébellion.
Grand'mère n'avait d'autre occupation. ([Page 98.])