Martin et Martine avaient besoin de repos. D'ailleurs, on se couchait de bonne heure à la ferme, car l'habitude était de se lever de grand matin.
«Où va-t-on le mettre, cet enfant? demanda le fermier.
—Dans ma chambre, répondit Sim, et je lui donnerai la moitié de mon lit, comme à un petit frère!
—Non, mes enfants, répondit Grand'mère. Laissez-le coucher près de moi, il ne me gênera pas, je le regarderai dormir et cela me fera plaisir.»
Un désir de l'aïeule n'avait jamais rencontré l'ombre d'une résistance. Il suit de là qu'un lit ayant été installé près du sien, ainsi qu'elle l'avait demandé, P'tit-Bonhomme y fut immédiatement transporté.
Des draps blancs, une bonne couverture, il avait déjà connu cette jouissance durant les quelques semaines passées à Royal-George-Hôtel de Limerick, dans l'appartement de miss Anna Waston. Mais les caresses de la comédienne ne pouvaient valoir celles de cette honnête famille! Peut-être s'aperçut-il qu'il y avait une différence, surtout lorsque Grand'mère, en le bordant, lui donna un gros baiser.
«Ah! merci... merci!...» murmura-t-il.
Ce fut toute sa prière, ce soir-là, et, sans doute, il n'en savait pas d'autre.
On était au début de la saison froide. La moisson venait d'être terminée. Rien à faire ou peu de chose, en dehors de la ferme. Sur ces rudes territoires, les semailles de blé, d'orge, d'avoine, n'ont pas lieu au commencement de l'hiver dont la longueur et la rigueur pourraient les compromettre. C'est affaire d'expérience. Aussi Martin Mac Carthy avait-il l'habitude d'attendre mars et même avril pour semer ses céréales, en choisissant les espèces convenables. Il s'en était bien trouvé jusqu'alors. Creuser le sillon à travers un sol qui gèle à plusieurs pieds de profondeur, c'eût été un travail non moins dur qu'inutile. Autant eût valu jeter sa semence au sable des grèves, aux roches du littoral.
Il ne faudrait pas cependant croire que l'on fût inoccupé à la ferme. D'abord il y avait à battre le stock d'orge et d'avoine. Et puis, au cours de ces longs mois de la période hivernale, on ne manquait pas d'ouvrage. P'tit-Bonhomme put le constater le lendemain, car, dès le premier jour, il chercha à se rendre utile. Levé à l'aube, il se rendit du côté des étables. Il avait comme un pressentiment qu'on pourrait l'employer là. Que diable! il aurait six ans à la fin de l'année, et, à six ans, on est capable de garder des oies, des vaches, même des moutons, quand on est aidé d'un bon chien.