Un navire les aperçut, quelques heures après le lever du soleil. Ce navire mit une embarcation à la mer. Il recueillit non seulement Robur et ses compagnons, mais aussi les débris flottants de l’aéronef. L’ingénieur se contenta de dire que son bâtiment avait péri dans une collision, et son incognito fut respecté.

Ce navire était un trois-mâts anglais, le Two Friends, de Liverpool. Il se dirigeait vers Melbourne, où il arriva quelques jours après.

On était en Australie, mais encore loin de l’île X, à laquelle il fallait revenir au plus tôt.

Dans les débris du roufle de l’arrière, l’ingénieur avait pu retrouver une somme assez considérable, qui lui permit de subvenir à tous les besoins de ses compagnons, sans rien demander à personne. Peu de temps après son arrivée à Melbourne, il fit l’acquisition d’une petite goélette d’une centaine de tonneaux, et ce fut ainsi que Robur, qui se connaissait en marine, regagna l’île X.

Et alors il n’eut plus qu’une idée fixe, une obsession se venger. Mais, pour se venger, il fallait refaire un second Albatros. Besogne facile, après tout, pour celui qui avait construit le premier. On utilisa ce qui pouvait servir de l’ancien aéronef, ses propulseurs, entre autres engins, qui avaient été embarqués avec tous les débris sur la goélette. On refit le mécanisme avec de nouvelles piles et de nouveaux accumulateurs. Bref, en moins de huit mois, tout le travail était terminé, et un nouvel Albatros, identique à celui que l’explosion avait détruit, aussi puissant, aussi rapide, fut prêt à prendre l’air.

Dire qu’il avait le même équipage, que cet équipage était enragé contre Uncle Prudent et Phil Evans en particulier, et contre tout le Weldon-Institute en général, cela se comprend, sans qu’il convienne d’y insister.

L’Albatros quitta l’île X dès les premiers jours d’avril. Pendant cette traversée aérienne, il ne voulut pas que son passage pût être signalé en aucun point de la terre. Aussi voyagea-t-il presque toujours entre les nuages. Arrivé au-dessus de l’Amérique du Nord, en une portion déserte du Far West, il atterrit. Là, l’ingénieur, gardant le plus profond incognito, apprit ce qui devait lui faire le plus de plaisir d’apprendre c’est que le Weldon-Institute était prêt à commencer ses expériences, c’est que le Go a head, monté par Uncle Prudent et Phil Evans, allait partir de Philadelphie à la date du 29 avril.

Quelle occasion pour satisfaire cette vengeance qui tenait au cœur de Robur et de tous les siens! Vengeance terrible, à laquelle ne pourrait échapper le Go a head! Vengeance publique, qui prouverait en même temps la supériorité de l’aéronef sur tous les aérostats et autres appareils de ce genre!

Et voilà pourquoi, ce jour-là, comme un vautour qui se précipite du haut des airs, l’aéronef apparaissait au-dessus de Fairmont-Park.

Oui! c’était l’Albatros, facile à reconnaître, même de tous ceux qui ne l’avaient jamais vu!