Le Go a head fuyait toujours. Mais il comprit bientôt qu’il ne pourrait jamais échapper par une fuite horizontale. Aussi, son salut, le chercha-t-il par une fuite verticale, non en se rapprochant du sol, car l’aéronef aurait pu lui barrer la route, mais en s’élevant dans l’air, en allant dans une zone où il ne pourrait peut-être pas être atteint. C’était très audacieux, en même temps très logique.

Cependant l’Albatros commençait à s’élever avec lui. Bien plus petit que le Go a head, c’était l’espadon à la poursuite de la baleine qu’il perce de son dard, c’était le torpilleur courant sur le cuirassé qu’il va faire sauter d’un seul coup.

On le vit bien, et avec quelle angoisse! En quelques instants l’aérostat eut atteint cinq mille mètres de hauteur.

L’Albatros l’avait suivi dans son mouvement ascensionnel. Il évoluait sur ses flancs. Il l’enserrait dans un cercle dont le rayon diminuait à chaque tour. Il pouvait l’anéantir d’un bond, en crevant sa fragile enveloppe. Alors Uncle Prudent et ses compagnons eussent été broyés dans une effroyable chute!

Le public, muet d’horreur, haletant, était saisi de cette sorte d’épouvante qui oppresse la poitrine, qui prend aux jambes, quand on voit tomber quelqu’un d’une grande hauteur. Un combat aérien se préparait, combat où ne s’offraient même pas les chances de salut d’un combat naval, — le premier de ce genre, mais qui ne sera pas le dernier, sans doute, puisque le progrès est une des lois de ce monde. Et si le Go a head portait à son cercle équatorial les couleurs américaines, l’Albatros avait arboré son pavillon, l’étamine étoilée avec le soleil d’or de Robur-le-Conquérant.

Le Go a head voulut alors essayer de distancer son ennemi en s’élevant plus haut encore. Il se débarrassa du lest qu’il avait en réserve. Il fit un nouveau bond de mille mètres. Ce n’était plus alors qu’un point dans l’espace. L’Albatros, qui le suivait toujours en imprimant à ses hélices leur maximum de rotation, était devenu invisible.

Soudain, un cri de terreur s’éleva du sol.

Le Go a head grossissait à vue d’œil, tandis que l’aéronef reparaissait en s’abaissant avec lui. Cette fois, c’était une chute. Le gaz, trop dilaté dans les hautes zones, avait crevé l’enveloppe, et, à demi dégonflé, le ballon tombait assez rapidement.

Mais l’aéronef, modérant ses hélices suspensives, s’abaissait d’une vitesse égale. Il rejoignit le Go a head, lorsqu’il n’était plus qu’à douze cents mètres du sol, et s’en approcha bord à bord.

Robur voulait-il donc l’achever ?... Non!... Il voulait secourir, il voulait sauver son équipage!