— Ecoutez-moi, répondit Uncle Prudent. Il arrive parfois, pendant la nuit, que l’Albatros plane à quelques centaines de pieds seulement du sol. Or, il y a à bord plusieurs câbles de cette longueur, et, avec un peu d’audace, on pourrait peut-être se laisser glisser...
— Oui, répondit Phil Evans, le cas échéant, je n’hésiterais pas...
Ni moi, dit Uncle Prudent. J’ajoute que, la nuit, excepté le timonier posté à l’arrière, personne ne veille.
Précisément, un de ces câbles est placé à l’avant, et, sans être vu, sans être entendu, il ne serait pas impossible de le dérouler...
— Bien, dit Phil Evans. Je vois avec plaisir, Uncle Prudent, que vous êtes plus calme. Cela vaut mieux pour agir. Mais, en ce moment, nous voici sur la Caspienne. De nombreux bâtiments sont en vue. L’Albatros va descendre et s’arrêter pendant la pèche... Est-ce que nous ne pourrions pas profiter?...
— Eh! on nous surveille, même quand nous ne croyons pas être surveillés, répondit Uncle Prudent. Vous l’avez bien vu, quand nous avons tenté de nous précipiter dans l’Hydaspe.
— Et qui dit que nous ne sommes pas surveillés aussi pendant la nuit? répliqua Phil Evans.
— Il faut pourtant en finir! s’écria Uncle Prudent, oui! en finir avec cet Albatros et son maître! »
On le voit, sous l’excitation de la colère, les deux collègues — Uncle Prudent surtout — pouvaient être conduits à commettre les actes les plus téméraires et peut-être les plus contraires à leur propre sûreté.
Le sentiment de leur impuissance, le dédain ironique avec lequel les traitait Robur, les réponses brutales qu’il leur faisait, tout contribuait à tendre une situation dont l’aggravation était chaque jour plus manifeste.