— Assez! dit alors Robur d’un ton menaçant, assez! Il y a d’autres câbles à bord! Taisez-vous, ou, sinon, tout comme le valet, le maître! »
Uncle Prudent se tut, non par crainte, mais parce qu’il fut pris d’une telle suffocation que Phil Evans dut l’emmener dans sa cabine.
Cependant, depuis une heure, le temps s’était singulièrement modifié. Il y avait des symptômes auxquels on ne pouvait se méprendre. Un orage menaçait. La saturation électrique de l’atmosphère était portée à un tel point que, vers deux heures et demie, Robur fut témoin d’un phénomène qu’il n’avait jamais observé.
Dans le nord, d’où venait l’orage, montaient des volutes de vapeurs quasi lumineuses, — ce qui était certainement dû à la variation de la charge électrique des diverses couches de nuages.
Le reflet de ces bandes faisait courir, à la surface de la mer, des myriades de lueurs, dont l’intensité devenait d’autant plus vive que le ciel commençait à s’assombrir.
L’Albatros et le météore ne devaient pas tarder à se rencontrer, puisqu’ils allaient l’un au-devant de l’autre.
Et Frycollin? Eh bien, Frycollin était toujours à la remorque, — et remorque est le mot juste, car le câble faisait un angle assez ouvert avec l’appareil lancé à une vitesse de cent kilomètres, ce qui laissait la baille quelque peu en arrière.
Que l’on juge de son épouvante, lorsque les éclairs commencèrent à sillonner l’espace autour de lui, tandis que le tonnerre roulait ses éclats dans les profondeurs du ciel.
Tout le personnel du bord s’occupait à manœuvrer en vue de l’orage, soit pour s’élever plus haut que lui, soit pour le distancer en se lançant à travers les couches inférieures.
L’Albatros se trouvait alors à sa hauteur moyenne —mille mètres environ, — quand éclata un coup de foudre d’une violence extrême. La rafale s’éleva soudain. En quelques secondes, les nuages en feu se précipitèrent sur l’aéronef.