On n’eût pas saisi le plus léger tremblement dans la main de cet impassible Nicholl. Son collègue et lui n’étaient pas plus émus qu’au moment où ils attendaient, enfermés dans leur projectile, que la Columbiad les envoyât dans les régions lunaires!

« Feu!… » cria le président Barbicane.

Et l’index du capitaine Nicholl pressa le bouton.

Détonation effroyable, dont les échos propagèrent les roulements jusqu’aux dernières limites de l’horizon du Wamasai. Sifflement suraigu d’une masse, qui traversa la couche d’air sous la poussée de milliards de milliards de litres de gaz, développés par la déflagration instantanée de deux mille tonnes de méli-mélonite. On eût dit qu’il passait à la surface de la Terre un de ces météores dans lesquels s’accumulent toutes les violences de la nature. Et l’effet n’en eût pas été plus terrible quand tous les canons de toutes les artilleries du globe se seraient joints à toutes les foudres du ciel pour tonner ensemble!

XIX

Dans lequel J.-T. Maston regrette peut-être le
temps où la foule voulait le lyncher.

Les capitales des deux Mondes, et aussi les villes de quelque importance, et jusqu’aux bourgades plus modestes, attendaient au milieu de l’épouvantement. Grâce aux journaux répandus à profusion, à la surface du globe, chacun connaissait l’heure précise, qui correspondait au minuit du Kilimandjaro, situé par trente-cinq degrés est, suivant la différence des longitudes.

Pour ne citer que les principales villes ­ le Soleil parcourant un degré par quatre minutes ­ c’était :

À Paris….. 9h 40m. soir.
À Pétersbourg….. 11h 31m. soir.
À Londres….. 9h 30m. soir.
À Rome….. 10h 20m. soir.
À Madrid….. 9h 15m. soir.
À Berlin….. 11h 20m. soir.
À Constantinople….. 11h 26m. soir.
À Calcutta….. 3h 04m. matin.
À Nanking….. 5h 05m. matin.

À Baltimore, on l’a dit, douze heures après le passage du Soleil au méridien du Kilimandjaro, il était 5h 24m du soir.