Le lendemain, à la première heure, s'ouvrit la petite église de Dal. Là, devant le pasteur et sur son livre d'office, en présence de quelques amis et des voisins de l'auberge, Ole jura d'épouser Hulda, et Hulda jura d'épouser Ole, au retour du dernier voyage que le jeune marin allait entreprendre. Un an d'attente, c'est long, mais cela passe tout de même, quand on est sûr l'un de l'autre.

Maintenant, Ole ne pourrait plus, sans un motif grave, répudier celle dont il avait fait sa fiancée. Hulda ne pourrait pas trahir la foi qu'elle avait jurée à Ole. Et si Ole Kamp ne fût pas parti quelques jours après les fiançailles, il aurait pu profiter des droits qu'elles lui donnaient sans conteste: rendre visite à la jeune fille quand il lui conviendrait, lui écrire lorsqu'il lui plairait de le faire, l'accompagner à la promenade, bras dessus, bras dessous, même en l'absence de la famille, obtenir la préférence sur tous autres pour danser avec elle dans les fêtes et cérémonies quelconques.

Mais Ole Kamp avait dû regagner Bergen. Huit jours après, le _Viken _était parti pour les pêcheries de Terre-Neuve. Maintenant, Hulda n'avait plus qu'à attendre les lettres que son fiancé avait promis de lui adresser par tous les courriers d'Europe.

Elles ne manquèrent pas, ces lettres, toujours si impatiemment attendues. Elles apportèrent un peu de bonheur à la maison attristée depuis le départ. Le voyage s'accomplissait dans des conditions favorables. La pêche était fructueuse, les profits seraient grands. Et puis, à la fin de chaque lettre, Ole parlait toujours d'un certain secret et de la fortune qu'il devait lui assurer. Voilà un secret que Hulda aurait bien voulu connaître, et aussi dame Hansen pour des raisons qu'il eût été difficile de soupçonner.

C'est que dame Hansen était de plus en plus sombre, inquiète, renfermée. Et une circonstance, dont elle ne parla point à ses enfants, vint encore accroître ses soucis.

Trois jours après l'arrivée de la dernière lettre de Ole, le 19 avril, dame Hansen revenait seule de la scierie où elle était allée commander un sac de copeaux au contremaître Lengling, et se dirigeait vers la maison. Un peu avant d'arriver devant la porte, elle fut accostée par un homme qui n'était pas du pays.

— Vous êtes bien dame Hansen? demanda cet homme.

— Oui, répondit-elle, mais je ne vous connais pas.

— Oh! peu importe! reprit l'homme. Je suis arrivé ce matin de
Drammen et j'y retourne.

— De Drammen? dit vivement dame Hansen.