— Ma foi, vous n'aviez pas pris le bon chemin…
— Je m'en doute un peu.
— Et, si j'avais pu prévoir ce qui est arrivé, je serais allé vous attendre de l'autre côté du Rjukanfos!
— Ça, c'eût été une bonne idée, mon brave jeune homme! Vous m'auriez épargné une imprudence impardonnable à mon âge…
— À tout âge, monsieur! répondit Hulda. Tous trois entrèrent alors dans la cabane, où se trouvait une famille de paysans, le père, la mère et leurs deux filles qui se levèrent et firent bon accueil aux arrivants. Joël put alors constater que le voyageur n'avait qu'une assez grave écorchure à la jambe, un peu au-dessous du genou. Cela nécessiterait certainement une bonne semaine de repos; mais la jambe n'était ni luxée ni cassée, l'os n'était pas même atteint. C'était l'essentiel. Du laitage excellent, des fraises en abondance, un peu de pain bis, furent offerts et acceptés. Joël ne se cacha point de montrer un formidable appétit, et, si Hulda mangea à peine, le voyageur ne refusa pas de tenir tête à son frère.
— Vraiment, dit-il, cet exercice m'a creusé l'estomac! Mais j'avouerai volontiers que de prendre par la Maristien, c'était plus qu'imprudent! Vouloir jouer le rôle de l'infortuné Eystein, quand on pourrait être son père… et même son grand-père!…
— Ah! vous connaissez la légende? dit Hulda.
— Si je la connais!… Ma nourrice m'endormait en me la chantant, à l'heureux âge où j'avais encore une nourrice! Oui, je la connais, ma courageuse fille, et je n'en suis que plus coupable! - - Maintenant, mes amis, Dal est un peu loin pour l'invalide que je suis! Comment allez-vous me transporter jusque-là?
— Ne vous inquiétez de rien, monsieur, répondit Joël. Notre kariol nous attend au bas du sentier. Seulement, il y aura trois cents pas à faire…
— Hum! Trois cents pas!