Après avoir rédigé une note qui résumait l'opinion des marins réunis chez Help junior, Sylvius Hog se rendit aussitôt à bord de l'aviso _Telegraf. _Là, il fit connaître au commandant la mission spéciale dont le gouvernement l'avait chargé.

Le commandant reçut le professeur avec empressement et se déclara prêt à lui donner tout son concours. Il avait déjà fait la navigation de ces parages pendant les longues et périlleuses campagnes qui entraînent les pêcheurs de Bergen, des îles Loffoden et du Finmark, jusqu'aux pêcheries de l'Islande et de Terre-Neuve. Il pourrait donc apporter ses connaissances personnelles à l'oeuvre d'humanité qui allait être entreprise, et il promettait de s'y donner tout entier.

Quant à la note que lui remit Sylvius Hog — note indiquant le lieu présumé du naufrage — il en approuva absolument les conclusions. C'était dans cette portion de mer comprise entre l'Islande et le Groënland qu'il fallait rechercher les survivants, ou tout au moins quelque épave du _Viken. _Si le commandant ne réussissait pas, il irait explorer les parages voisins et peut-être la mer de Baffin sur sa côte orientale.

— Je suis prêt à partir, monsieur Hog, ajouta-t-il. Mon charbon et mes vivres sont faits, mon équipage est à bord, et je puis appareiller aujourd'hui même.

— Je vous remercie, commandant, répondit le professeur, et je suis très touché de l'accueil que vous m'avez fait. Mais encore une question: pouvez-vous me dire combien de temps il vous faudra pour atteindre les parages du Groënland?

— Mon aviso peut faire onze noeuds à l'heure. Or, comme la distance de Bergen au Groënland n'est que de vingt degrés environ, je compte arriver en moins de huit jours.

— Faites donc toute la diligence possible, commandant, répondit Sylvius Hog. Si quelques naufragés ont pu échapper à la catastrophe, voilà déjà deux mois qu'ils sont dans le dénuement, sans doute, mourant de faim sur quelque côte déserte…

— Il n'y a pas une heure à perdre, monsieur Hog. Aujourd'hui même je prendrai la mer avec le jusant, je me tiendrai à mon maximum de vitesse, et, aussitôt que j'aurai trouvé un indice quelconque, j'en informerai la marine de Christiania par le fil de Terre-Neuve.

— Partez donc, commandant, répondit Sylvius Hog, et puissiez-vous réussir!

Le jour même, le _Telegraf _appareillait, salué par les sympathiques hurrahs de toute la population de Bergen. Et ce ne fut pas sans une vive émotion qu'on le vit contourner les passes, puis disparaître derrière les derniers îlots du fiord.