Cependant Sylvius Hog ne borna pas ses efforts à cette expédition, dont il venait de charger l'aviso _Telegraf. _Dans sa pensée, on pouvait faire plus encore en multipliant les moyens de retrouver quelque trace du _Viken. _N'était-il pas possible d'exciter l'émulation des navires de commerce et de pêche, joëgts ou autres, à donner leur concours aux recherches, pendant qu'ils naviguaient dans les mers des Feroë et de l'Islande? Oui, sans doute! Aussi une prime de deux mille marks fut-elle promise, au nom de l'État, à tout bâtiment qui fournirait un indice relatif au navire perdu, et de cinq mille à quiconque rapatrierait un des survivants du naufrage.

Voilà donc, pendant les deux jours qu'il passa à Bergen, comment Sylvius Hog fit tout ce qu'il était possible de faire pour assurer le succès de cette campagne. Il fut, en cela, parfaitement secondé par son ami Help junior et les autorités maritimes. M. Help eût désiré le garder près de lui pendant quelque temps encore. Sylvius Hog le remercia et refusa de prolonger son séjour. Il lui tardait d'avoir rejoint Hulda et Joël, qu'il craignait de laisser trop longtemps livrés à eux-mêmes. Mais Help junior convint avec lui que, si quelque nouvelle arrivait, elle lui serait aussitôt transmise à Dal. À lui seul appartenait le soin d'en instruire la famille Hansen.

Le 4, dès le matin, Sylvius Hog, après avoir pris congé de son ami
Help junior, se rembarqua sur le _Run _pour traverser le fiord du
Hardanger, et, à moins de retards improbables, il comptait être de
retour au Telemark dans la soirée du 5.

XIV

Le jour même où Sylvius Hog avait quitté Bergen, une scène grave s'était passée dans l'auberge de Dal.

Après le départ du professeur, on eût dit que le bon génie de
Hulda et de Joël avait emporté, avec son dernier espoir, toute la
vie de cette famille. C'était comme une maison morte que Sylvius
Hog laissait derrière lui.

Pendant ces deux jours, d'ailleurs, aucun touriste ne vint à Dal. Joël n'eut donc point l'occasion de s'absenter, et il put rester près de Hulda qu'il eût été très anxieux de laisser seule.

En effet, dame Hansen était de plus en plus dominée par ses secrètes inquiétudes. Elle semblait s'être détachée de tout ce qui touchait ses enfants, même de la perte du _Viken. _Elle vivait à l'écart, retirée dans sa chambre, ne se montrant qu'aux heures des repas. Mais, quand elle adressait la parole à Hulda ou à Joël, c'était toujours pour leur faire des reproches directs ou indirects au sujet du billet de loterie, dont ils ne voulaient à aucun prix se défaire.

C'est que les offres n'avaient cessé de se produire. Il en arrivait de tous les coins du monde. C'était comme une folie qui s'était emparée de certains cerveaux. Non! Il n'était pas possible qu'un pareil billet ne fût pas prédestiné à gagner le lot de cent mille marks. Il semblait qu'il n'y eût qu'un seul numéro dans cette loterie, et ce numéro, c'était le 9672! En somme, l'Anglais de Manchester et l'Américain de Boston tenaient toujours la corde. L'Anglais en était arrivé à distancer son rival de quelques livres. Mais, à son tour il fut bientôt dépassé de plusieurs centaines de dollars. La dernière surenchère était de huit mille marks — ce qui ne pouvait s'expliquer que par une véritable monomanie, à moins qu'il ne s'agît là d'une question d'amour-propre entre l'Amérique et la Grande-Bretagne.

Quoi qu'il en soit, Hulda répondait négativement à toutes ces propositions, si avantageuses qu'elles fussent — ce qui finit par provoquer les plus amères récriminations de dame Hansen.