— Et si je t'ordonnais de céder ce billet! dit-elle un jour à sa fille. Oui! si je te l'ordonnais!

— Ma mère, je serais désespérée, mais il me faudrait vous répondre par un refus!

— Et s'il le fallait, cependant!

— Pourquoi le faudrait-il? demanda Joël. Dame Hansen ne répliqua rien. Elle était devenue toute pâle devant cette question nettement posée, et elle se retira en murmurant d'inintelligibles paroles.

— Il y a quelque chose de grave, et ce doit être une affaire entre notre mère et Sandgoïst! dit Joël.

— Oui, mon frère. Il faut s'attendre à de fâcheuses complications pour l'avenir!

— Ma pauvre Hulda, ne sommes-nous donc pas assez éprouvés depuis quelques semaines, et quelle catastrophe nous menace encore?

— Ah! combien monsieur Sylvius tarde à revenir! dit Hulda. Quand il est ici, je me sens moins désespérée…

— Et, pourtant, que pourrait-il pour nous? répondit Joël. Mais qu'y avait-il donc dans le passé de dame Hansen qu'elle ne voulût pas confier à ses enfants? Quel amour-propre mal entendu l'empêchait de leur dire le motif de ses inquiétudes? Avait-elle quelque reproche à se faire? Et, d'autre part, pourquoi cette pression qu'elle voulait exercer sur sa fille, à propos du billet de Ole Kamp et de la valeur qu'il avait atteinte? D'où venait qu'elle se montrait si avide d'en toucher le prix en argent? Hulda et Joël allaient enfin l'apprendre.

Le 4 juillet, dans la matinée, Joël avait conduit sa soeur à la petite chapelle où Hulda allait prier chaque jour pour le naufragé.