À neuf heures, nous étions rentrés à l'hôtel où l'on nous dépouilla de nos habits ruisselants. Revenu sur la rive, je poussai un cri de surprise et de joie:

«Le capitaine Corsican!»

Le capitaine m'avait entendu. Il vint à moi.

«Vous ici! s'écria-t-il. Quelle joie de vous revoir!

— Et Fabian? et Ellen? demandai-je, en serrant les mains de
Corsican.

— Ils sont là. Ils vont aussi bien que possible. Fabian plein d'espoir, presque souriant. Notre pauvre Ellen reprenant peu à peu sa raison.

— Mais pourquoi vous rencontrai-je ici, au Niagara?

— Le Niagara, me répondit Corsican, mais c'est le rendez-vous d'été des Anglais et des Américains. On vient respirer ici, on vient se guérir devant ce sublime spectacle des chutes. Notre Ellen a paru frappée à la vue de ce beau site; et nous sommes restés sur les bords du Niagara. Voyez cette villa, Clifton House, au milieu des arbres, à mi-colline. C'est là que nous demeurons en famille, avec Mrs R…, la soeur de Fabian, qui s'est dévouée à notre pauvre amie.

— Ellen, demandai-je, Ellen a-t-elle reconnu Fabian?

— Non, pas encore, me répondit le capitaine. Vous savez, cependant, qu'au moment où Harry Drake tombait frappé de mort, Ellen eut comme un instant de lucidité. Sa raison s'était fait jour à travers les ténèbres qui l'enveloppent. Mais cette lucidité a bientôt disparu. Toutefois, depuis que nous l'avons transportée au milieu de cet air pur, dans ce milieu paisible, le docteur a constaté une amélioration sensible dans l'état d'Ellen. Elle est calme, son sommeil est tranquille, et on voit dans ses yeux comme un effort pour ressaisir quelque chose, soit du passé, soit du présent.