Le Canadien, depuis quelque temps, ne me parlait plus de ses projets de fuite. Il était devenu moins communicatif, presque silencieux. Je voyais combien cet emprisonnement prolongé lui pesait. Je sentais ce qui s'amassait de colère en lui. Lorsqu'il rencontrait le capitaine, ses yeux s'allumaient d'un feu sombre, et je craignais toujours que sa violence naturelle ne le portât à quelque extrémité.

Ce jour-là, 14 mars, Conseil et lui vinrent me trouver dans ma chambre. Je leur demandai la raison de leur visite.

«Une simple question à vous poser, monsieur, me répondit le Canadien.

—Parlez, Ned.

—Combien d'hommes croyez-vous qu'il y ait à bord du Nautilus?

—Je ne saurais le dire, mon ami.

—Il me semble, reprit Ned Land, que sa manœuvre ne nécessite pas un nombreux équipage.

—En effet, répondis-je, dans les conditions où il se trouve, une dizaine d'hommes au plus doivent suffire à le manœuvrer.

—Eh bien, dit le Canadien, pourquoi y en aurait-il davantage?

—Pourquoi?» répliquai-je.