—Au pôle! m'écriai-je, ne pouvant retenir un mouvement d'incrédulité.
—Oui! répondit froidement le capitaine, au pôle antarctique, à ce point inconnu où se croisent tous les méridiens du globe. Vous savez si je fais du Nautilus ce que je veux.»
Oui! je le savais. Je savais cet homme audacieux jusqu'à la témérité! Mais vaincre ces obstacles qui hérissent le pôle sud, plus inaccessible que ce pôle nord non encore atteint par les plus hardis navigateurs, n'était-ce pas une entreprise absolument insensée, et que, seul, l'esprit d'un fou pouvait concevoir!
Il me vint alors à l'idée de demander au capitaine Nemo s'il avait déjà découvert ce pôle que n'avait jamais foulé le pied d'une créature humaine.
«Non, monsieur, me répondit-il, et nous le découvrirons ensemble. Là où d'autres ont échoué, je n'échouerai pas. Jamais je n'ai promené mon Nautilus aussi loin sur les mers australes; mais, je vous le répète, il ira plus loin encore.
—Je veux vous croire, capitaine, repris-je d'un ton un peu ironique. Je vous crois! Allons en avant! Il n'y a pas d'obstacles pour nous! Brisons cette banquise! Faisons-la sauter, et si elle résiste, donnons des ailes au Nautilus, afin qu'il puisse passer par dessus!
—Par dessus? monsieur le professeur, répondit tranquillement le capitaine Nemo. Non point par dessus, mais par dessous.
—Par dessous!» m'écriai-je.
Une subite révélation des projets du capitaine venait d'illuminer mon esprit. J'avais compris. Les merveilleuses qualités du Nautilus allaient le servir encore dans cette surhumaine entreprise!
«Je vois que nous commençons à nous entendre, monsieur le professeur, me dit le capitaine, souriant à demi. Vous entrevoyez déjà la possibilité,—moi, je dirai le succès,—de cette tentative. Ce qui est impraticable avec un navire ordinaire devient facile au Nautilus. Si un continent émerge au pôle, il s'arrêtera devant ce continent. Mais si au contraire, c'est la mer libre qui le baigne, il ira au pôle même!