Puis, au moment où il se disposait à frapper, le cétacé se dérobait avec une rapidité que je ne puis estimer à moins de trente milles à l'heure. Et même, pendant notre maximum de vitesse, ne se permit-il pas de narguer la frégate en en faisant le tour! Un cri de fureur s'échappa de toutes les poitrines!

A midi, nous n'étions pas plus avancés qu'à huit heures du matin.

Le commandant Farragut se décida alors à employer des moyens plus directs.

«Ah! dit-il, cet animal-là va plus vite que l'Abraham-Lincoln! Eh bien! nous allons voir s'il distancera ses boulets coniques. Maître, des hommes à la pièce de l'avant.»

Le canon de gaillard fut immédiatement chargé et braqué. Le coup partit, mais le boulet passa à quelques pieds au-dessus du cétacé, qui se tenait à un demi-mille.

«A un autre plus adroit! cria le commandant, et cinq cents dollars à qui percera cette infernale bête!»

Un vieux canonnier à barbe grise,—que je vois encore,—l'œil calme, la physionomie froide, s'approcha de sa pièce, la mit en position et visa longtemps. Une forte détonation éclata, à laquelle se mêlèrent les hurrahs de l'équipage.

Le boulet atteignit son but, il frappa l'animal, mais non pas normalement, et glissant sur sa surface arrondie, il alla se perdre à deux milles en mer.

«Ah çà! dit le vieux canonnier, rageant, ce gueux-là est donc blindé avec des plaques de six pouces!

—Malédiction!» s'écria le commandant Farragut.