—Oui! Ned. Oui, nous fuirons cette nuit, dût la mer nous engloutir!
—La mer est mauvaise, le vent violent, mais vingt milles à faire dans cette légère embarcation du Nautilus ne m'effraient pas. J'ai pu y transporter quelques vivres et quelques bouteilles d'eau à l'insu de l'équipage.
—Je vous suivrai.
—D'ailleurs, ajouta le Canadien, si je suis surpris, je me défends, je me fais tuer.
—Nous mourrons ensemble, ami Ned.»
J'étais décidé à tout. Le Canadien me quitta. Je gagnai la plate-forme, sur laquelle je pouvais à peine me maintenir contre le choc des lames. Le ciel était menaçant, mais puisque la terre était là dans ces brunes épaisses, il fallait fuir. Nous ne devions perdre ni un jour ni une heure.
Je revins au salon, craignant et désirant tout à la fois de rencontrer le capitaine Nemo, voulant et ne voulant plus le voir. Que lui aurais-je dit? Pouvais-je lui cacher l'involontaire horreur qu'il m'inspirait! Non! Mieux valait ne pas me trouver face à face avec lui! Mieux valait l'oublier! Et pourtant!
Combien fut longue cette journée, la dernière que je dusse passer à bord du Nautilus! Je restais seul. Ned Land et Conseil évitaient de me parler par crainte de se trahir.
A six heures, je dînai, mais je n'avais pas faim. Je me forçai à manger, malgré mes répugnances, ne voulant pas m'affaiblir.
A six heures et demie, Ned Land entra dans ma chambre. Il me dit: