—Je dis qu'au moment où je me précipitai à la mer, j'entendis les hommes de barre s'écrier: «L'hélice et le gouvernail sont brisés...

—Brisés?

—Oui! brisés par la dent du monstre. C'est la seule avarie, je pense, que l'Abraham-Lincoln ait éprouvée. Mais, circonstance fâcheuse pour nous, il ne gouverne plus.

—Alors, nous sommes perdus!

—Peut-être, répondit tranquillement Conseil. Cependant, nous avons encore quelques heures devant nous, et en quelques heures, on fait bien des choses!»

L'imperturbable sang-froid de Conseil me remonta. Je nageai plus vigoureusement; mais, gêné par mes vêtements qui me serraient comme une chappe de plomb, j'éprouvais une extrême difficulté à me soutenir. Conseil s'en aperçut.

«Que monsieur me permette de lui faire une incision,» dit-il.

Et glissant un couteau ouvert sous mes habits, il les fendit de haut en bas d'un coup rapide. Puis, il m'en débarrassa lestement, tandis que je nageais pour tous deux.

A mon tour, je rendis le même service à Conseil, et nous continuâmes de «naviguer» l'un près de l'autre.

Cependant, la situation n'en était pas moins terrible. Peut-être notre disparition n'avait-elle pas été remarquée, et l'eût-elle été, la frégate ne pouvait revenir sous le vent à nous, étant démontée de son gouvernail. Il ne fallait donc compter que sur ses embarcations.