A quel homme avais-je affaire et quels projets son esprit audacieux formait-il encore?
«Quoi vous ne voulez pas?…
—Renoncer à cette expédition, au moment où tout annonce qu'elle peut réussir! Jamais!
—Alors il faut se résigner à périr?
—Non, Axel, non! pars. Je ne veux pas ta mort! Que Hans t'accompagne. Laisse-moi seul!
—Vous abandonner!
—Laisse-moi, te dis-je! J'ai commencé ce voyage; je l'accomplirai jusqu'au bout, ou je n'en reviendrai pas. Va-t'en, Axel, va-t'en!»
Mon oncle parlait avec une extrême surexcitation. Sa voix, un instant attendrie, redevenait dure et menaçante. Il luttait avec une sombre énergie contre l'impossible! Je ne voulais pas l'abandonner au fond de cet abîme, et, d'un autre côté, l'instinct de la conservation me poussait à le fuir.
Le guide suivait cette scène avec son indifférence accoutumée. Il comprenait cependant ce qui se passait entre ses deux compagnons; nos gestes indiquaient assez la voie différente où chacun de nous essayait d'entraîner l'autre; mais Hans semblait s'intéresser peu à la question dans laquelle son existence se trouvait en jeu, prêt à partir si l'on donnait le signal du départ, prêt à rester à la moindre volonté de son maître.
Que ne pouvais-je en cet instant me faire entendre de lui! Mes paroles, mes gémissements, mon accent, auraient eu raison de cette froide nature. Ces dangers que le guide ne paraissait pas soupçonner, je les lui eusse fait comprendre et toucher du doigt. A nous deux nous aurions peut-être convaincu l'entêté professeur. Au besoin, nous l'aurions contraint à regagner les hauteurs du Sneffels!