Cette partie de la conversation avait eu lieu en latin; j'avais tout compris, et je gardais à peine mon sérieux à voir mon oncle contenir sa satisfaction qui débordait de toutes parts; il prenait un petit air innocent qui ressemblait à la grimace d'un vieux diable.

«Oui, fit-il, vos paroles me décident; nous essayerons de gravir ce Sneffels, peut-être même d'étudier son cratère!

—Je regrette bien, répondit M. Fridriksson, que mes occupations ne me permettent pas de m'absenter; je vous aurais accompagné avec plaisir et profit.

—Oh! non, oh! non, répondit vivement mon oncle; nous ne voulons déranger personne, monsieur Fridriksson; je vous remercie de tout mon coeur. La présence d'un savant tel que vous eût été très utile, mais les devoirs de votre profession…»

J'aime à penser que notre hôte, dans l'innocence de son âme islandaise, ne comprit pas les grosses malices de mon oncle.

«Je vous approuve fort, monsieur Lidenbrock, dit-il, de commencer par ce volcan; vous ferez là une ample moisson d'observations curieuses. Mais, dites-moi, comment comptez-vous gagner la presqu'île de Sneffels!

—Par mer, en traversant la baie. C'est la route la plus rapide.

—Sans doute; mais elle est impossible à prendre.

—Pourquoi?

—Parce que nous n'avons pas un seul canot à Reykjawik.