Confucius a dit que chacun doit, en entrant dans une ville, s’informer de ses us et coutumes ; de ce qu’elle admet et de ce qu’elle interdit. Peine inutile désormais pour ceux qui ne s’arrêtent nulle part, n’ont de coup d’œil attentif pour rien ! Savez-vous ce que sera leur voyage autour du monde ? Figurez-vous un Chinois désireux de voir Paris, arrivant à la gare du Nord, prenant là un fiacre fermé et se faisant conduire au galop à la gare de Lyon. Je vous demande ce qu’il connaîtra de la grande capitale !
Et dire que je m’étonnais de voir que tant de voyageurs, au lieu de pénétrer dans l’intérieur de la Chine, ne connaissaient mon pays que par ce que nous avons de moins chinois, par nos ports, cosmopolites comme tous les ports ; par Hong-Kong et Shang-Haï !
Ce sera bien autre chose si, par malheur, la nouvelle manière d’excursionner devient à la mode. Adieu les voyages pittoresques de Cook et de Lapeyrouse, de Magellan et de Dumont d’Urville ! Adieu la longue contemplation des beautés de nature, l’étude patiente des bizarreries de l’homme ! Le genre humain, transformé en accessoire de machines à vapeur à haute pression, tournerait follement autour de la sphère stupéfaite ; et le mot de la fin appartiendrait à la malheureuse moitié du savant Suédois, dans le Prince Soleil, qui s’écrie, justement indignée : « Je ne suis plus une femme, je suis un colis ! »
UNE PREMIÈRE
Au plus profond de mon sommeil, je fus réveillé en sursaut par deux formidables coups de sonnette. J’allume ma bougie, je regarde ma montre : il était sept heures du matin et l’on ne voyait pas clair encore, par ce temps de brouillard et de neige.
Qu’est-ce que cela peut être ? Qui donc vient m’arracher au repos ? Je n’avais pas encore bien cherché à élucider cette question, lorsque mon domestique frappa, en disant que c’était un télégramme.
— Un télégramme ! Une affaire d’État, alors, un chiffre diplomatique, pour m’arriver à pareille heure !
C’était tout simplement un bleu. Je l’ouvris, en déchirant le pointillé : et j’y trouvai ces quelques mots :
Mon cher ami,
« Impossible de dîner demain soir chez vous. Il y a une première au théâtre X… Vous comprenez que je ne puis y manquer ; si votre soirée est libre, venez me trouver, avant-scène no … Je vous ferai voir, non seulement une pièce inédite, mais encore le dessus du panier du Tout-Paris. »
« Cordialement à vous,
« N… »
L’invitation était vraiment alléchante, pour un tout nouveau venu dans la capitale du monde civilisé. Je n’étais pas encore allé au théâtre à Paris. Avec quelle joie je me préparai à assister à une de ces représentations où je me promettais de goûter un plaisir si délicat ! Pour ne rater ni la première, ni Tout-Paris, me voilà à télégraphier et téléphoner de tous côtés, afin de prier les amis qui devaient prendre part au dîner du jour, de rester chez ceux, pour cette fois.