Les scènes se suivent et ne se ressemblent pas. La belle-mère manque son entrée ; le beau-père arrive trop tôt ; la soubrette rit et se moque, dans un coin, des fautes de sa maîtresse. Puis la conversation languit, l’action traîne, et la toile baissée nous avertit que le premier acte est terminé. Le public se lève : les uns s’empressent d’aller au foyer communiquer leurs impressions à leurs amis ; d’autres restent là et lorgnent dans les plus obscures des baignoires, pour dénicher quelqu’un et surtout quelqu’une de leurs connaissances.
Avant la chute du rideau, on avait applaudi beaucoup la femme, si méchante sur la scène ; on la rappela même, et finalement deux ouvreuses lui apportèrent d’immenses bouquets. Quant au mari, il obtint aussi quelque succès, mais beaucoup moins.
— Il a un rôle trop honnête, fit mon ami.
Cela me rappelle qu’un jour, en Chine, un mandarin appela l’acteur qui venait de jouer à la perfection un rôle de scélérat et le fit bâtonner, d’abord, pour avoir donné un spectacle aussi monstrueux au public ; puis, lui compta une forte somme pour le récompenser d’avoir joué avec un art aussi parfait. J’ai toujours pensé qu’il y avait beaucoup de logique et de bon sens dans cette manière d’agir du mandarin.
L’entr’acte fut long. Mon ami me dit que les acteurs, jouant pour la première fois cette pièce, avaient besoin de repasser leur rôle au dernier moment.
— Puisqu’il en est ainsi, allons aussi faire un tour au foyer.
Sur mon passage, j’entends des conversations très animées.
— Qu’en dis-tu ?
— Je ne puis encore rien dire, il faut voir la fin.
— Moi, je croyais que l’auteur avait plus d’esprit.