On le garde à la maison, au moins sept semaines ; pendant ce temps des cérémonies religieuses et familiales ont lieu journellement.

On s’occupe, en même temps, de chercher un tombeau qui, dans les régions montagneuses de l’Empire du Milieu, se trouve toujours sur le haut d’une colline. On veut le sépulcre vaste, ouvert sur le devant. Quelle que soit la fortune de la famille, le terrain est toujours acheté à perpétuité. Jamais, dans les vastes régions de l’Extrême Orient, il n’exista de catacombes pour recevoir les ossements exhumés.

Sur les tombeaux, on met des ornements, des inscriptions, des statues, suivant le rang hiérarchique de la famille. Il n’est pas rare, au voyageur qui parcourt nos campagnes, de rencontrer des dépôts funéraires offrant l’aspect d’un temple, avec leurs figures de marbre, lions, chevaux, idoles, placés de distance en distance. — J’ai oublié de dire que nos tombeaux constituent une espèce de grand caveau de famille comme en Europe, mais avec cette différence que les membres reposent les uns à côté des autres, au lieu d’être entassés en hauteur ; les rangs sont occupés suivant la généalogie de la famille, et non d’après la date de l’enterrement ; les places des plus âgés qui ne sont pas encore morts, étant toujours réservées.

Lorsque l’enterrement doit avoir lieu, on procède la veille à une grande solennité : les parents, amis et connaissances du défunt, se réunissent tous à la maison mortuaire, pour dire adieu à celui qui va rentrer dans le sein de la terre.

Le lendemain, ils reviennent, pour suivre en robes blanches jusqu’à la tombe, le convoi composé d’un cortège plus ou moins riche ; enfin, au retour, on félicite les survivants d’avoir accompli les devoirs filiaux. Cette dernière cérémonie n’offre, à aucun point de vue, la physionomie triste de celles des deux jours précédents ; la musique joue, on dîne sinon gaiement, du moins avec sérénité, car la meilleure consolation, en si cruelle circonstance, c’est la philosophie. Confucius a dit : « Quand les parents sont vivants, il faut leur donner tous les soins ; morts, il faut les enterrer convenablement et perpétuer leur culte. »

Par cette petite description du respect que nous avons pour les morts, on concevra aisément l’idée fixe que mes compatriotes, quelle que soit leur position, emportent toujours avec eux : celle de ne vouloir être enterrés que dans le sol natal et à côté des leurs.

Les Chinois tiennent à ce que leurs restes offrent à leurs survivants une dernière consolation : ce désir est fort surtout chez ceux qui, pendant leur vie n’ont pu donner à leurs parents les soins prescrits par le sage.

Aucune loi, d’ailleurs, n’oblige à suivre ces coutumes. C’est le cœur seul qui les a dictées ; et, ce devoir pour n’avoir pas de sanction légale, n’en est pas moins scrupuleusement respecté.

En Occident, où tant de choses diffèrent des usages de mon pays, j’ai constaté avec un réel bonheur que le respect dû aux morts n’a pas été amoindri. On ne dit pas de mal des morts ; on les salue, quoi qu’ils aient fait dans leur vie ; on les salue surtout, parce qu’ils sont morts ; car je doute que tous les passants qui se découvrent aient connu le vivant ou eussent tous voulu le saluer pendant sa vie. En mourant, on devient respectable et respecté.

Mais ce respect, hélas, est restreint à la terre ferme ; il n’existe pas sur mer. Combien de fois n’ai-je pas lu le récit des scènes tristement émouvantes qui se passent, lors d’un décès, à bord des navires !