C’est que le travail manuel est, pour une bonne partie, la santé de l’homme. Seul il conserve — quand il n’est pas excessif, bien entendu et ne fait point succomber à la peine celui qui exerce — seul il conserve la vigueur du corps, la souplesse des muscles et cette sensation de bonheur complet que les grands travailleurs de l’intelligence avouent avoir toujours trouvée dans l’activité physique.

Car la cause principale de l’affaiblissement des citadins n’est pas due, comme on l’a répété souvent, à une fatigue nerveuse excessive, elle résulte de ce que le corps ne travaille pas autant que le cerveau ; de ce que le travail musculaire ne se joint pas au travail cérébral, pour créer cette heureuse harmonie, cet équilibre parfait du corps et de l’intelligence, qui est la santé.

Heureux ceux qui comprennent cette vérité ; ceux qui savent, une fois délivrés du fardeau des occupations de l’année, employer leurs vacances à faire vivre la bête, en la faisant travailler !

Je n’ai pas, d’ailleurs, le mérite d’avoir inventé cette théorie. J’aurais pu la puiser dans les livres des penseurs et des hygiénistes de l’Europe. Je n’ai pas eu besoin de recours à leurs œuvres, pour cette bonne raison que la pratique, dans mon pays, est conforme à cette théorie.

Nous n’avons, en effet, à aucun degré, cette répulsion pour le travail manuel que manifeste l’Européen des classes supérieures, et qui nous paraît si étrange, lorsqu’au sortir de notre milieu national nous sommes transportés tout à coup dans la société occidentale.

En Chine, personne n’échappe au travail manuel, personne ne songe à y échapper. Dès l’enfance, chacun de nous est exercé à faire toutes sortes de métiers, à manier les outils, à transformer toutes les matières premières, à faire, dans l’intérieur de la maison, les réparations sans recourir à un ouvrier spécial. Tous, nous savons aussi ce que c’est qu’un champ et tous nous avons mis la main à la pâte. Ce n’est pas comme un vain symbole qu’une fête, renouvelée chaque année, met la charrue entre les mains de notre souverain. Ce fait est plutôt l’expression d’une réalité ; il veut dire que le labeur est la santé de tous et que nul ne s’y doit soustraire, sous peine de cette amende qu’inflige sans appel le tribunal de la nature : l’affaiblissement de la race.

Aussi, lorsque des grandes dames qui, à Paris, ne sauraient descendre de leur voiture sans l’aide d’un laquais plus ou moins galonné, chaussent les bottines à gros clous et saisissent le bâton ferré, pour grimper dans les montagnes ; lorsque d’autres pêchent la crevette comme de simples filles du bord de la mer, ou s’emparent des rames et font marcher rapidement leur canot ; que tel riche banquier s’attelle à un établi et passe des heures à pousser le rabot, ce spectacle me cause un plaisir infini.

Sans doute, ces heureux ne font que par plaisir ce que le peuple fait par nécessité. Mais enfin, ils le font. Pendant quelques mois, ils payent tribut à la nature, obéissent à la loi commune, et se trouvent largement récompensés par le renouveau de santé, qui résulte pour eux de cette existence, dépouillée de toute allure artificielle.

UNE VISITE AU MUSÉE DU LOUVRE

On appelle musée, en Europe, une espèce de grand bâtiment dans lequel on a réuni des chefs-d’œuvre des arts et des sciences ; ou, simplement, les objets qui peuvent nous renseigner sur la vie, les mœurs et les idées des peuples.