L’habitant des grandes agglomérations urbaines est surmené, par les fatigues de la vie moderne. On croirait donc que le séjour de la campagne a pour but de retremper son corps, de rendre leur vigueur première à ses nerfs épuisés.

Malheureusement, il n’en est rien. La campagne ne repose l’homme que lorsqu’il y vit complètement en campagnard, se couchant avec les poules et se levant avec l’aube, se grisant d’air pur et s’abstenant avec le plus grand soin des excitations familières au milieu des villes.

Or, le Parisien qui s’en va en villégiature, renonce tout simplement aux avantages de la ville, sans jouir des bienfaits de la campagne. Logé à l’hôtel, il y sera privé du confortable auquel il est habitué. Et cette infériorité n’est pas compensée par des économies correspondantes. Bien au contraire : tout est plus mauvais, mais bien plus cher.

Voilà notre homme installé, et assez mal installé. Il retrouve la société qu’il fréquentait dans la capitale, les amis et connaissances qui, venus comme lui pour chercher le repos, s’ennuient bientôt et ne savent plus que faire pour tuer le temps.

Alors se présente la grande ressource : le casino, avec ses fêtes, ses bals, ses jeux, sa roulette, ses petits chevaux : et la vie enragée de la ville, qui tue en faisant de la nuit le jour, recommence ; d’autant plus énervante que les occupations quotidiennes ne sont plus là, pour faire diversion. De sorte qu’en dernier lieu l’infortuné, qui avait rêvé de se transformer en campagnard, s’aperçoit qu’il n’est qu’un citadin, momentanément exporté.

Et, pourtant, elles ont du bon et même beaucoup de bon, ces stations thermales, si nombreuses en Europe et surtout en France, où le malade peut retrouver la santé ; où le corps reprend force et vigueur, au contact des eaux bienfaisantes que la terre a chauffées dans son sein. Elles seraient parfaites, si elles se contentaient d’être des villes d’eaux et ne voulaient pas être en même temps des villes de plaisir ; si elles ne détruisaient pas le soir, par leurs amusements, le bien qu’elles ont fait dans la journée !

Les bains de mer me plaisent moins. Non pas, parce qu’en Chine, nous n’aimons que les bains chauds et que, depuis des siècles, nous rendons l’eau froide responsable d’une foule de maladies. Il y a autre chose encore. Je ne comprends pas ce baigneur qui porte ces baigneuses, il y a là quelque chose de véritablement gênant. Je crois aussi qu’un costume un peu plus habillé ne déparerait pas les jolies sirènes. Je dis cela pour elles, non pour les spectateurs. J’avoue enfin — j’espère qu’on me pardonnera ce crime — que la vue des talons de différentes couleurs, aperçus lorsque les charmeuses prennent leur élan vers la mer, m’a fait un effet bizarre. Oh ! ces paires de talons teints en bleu, en saumon, en noir, que sais-je encore, suivant la couleur des bas portés par la baigneuse ! Comme j’ai ri, la première fois que ces talons diaprés se montrèrent à mes yeux stupéfaits !

Des mécomptes, imputables non plus à l’homme, mais à la nature, rendent parfois la villégiature désagréable. Le frileux s’en va à Nice pour y trouver la chaleur dont ses membres engourdis ont besoin : il est accueilli par le souffle glacé du mistral et s’aperçoit à ses dépens que midi n’est pas toujours équivalent de chaleur. Tel autre, qui rêve de journées fraîches au bord de l’océan, arrive par le calme plat et grille sur une côte sans verdure et sans ombrage, où la chaleur du soleil est augmentée par la réverbération du sable et du miroir liquide.

Ce sont surtout les nouveaux mariés qu’il faut plaindre, lorsqu’on les voit partir, pour bercer dans le climat tiède des contrées méridionales, les premiers mois de l’hyménée. Que de divorces en germe, dans les déceptions presque inévitables d’un voyage de noces ?

Les plus rationnels, parmi ces amateurs de villégiature, sont certainement ceux qui, prenant la campagne au sérieux, se vouent pendant quelque temps à l’imitation des labeurs du campagnard. Il y a beaucoup de bon sens et une saine compréhension des choses, dans le cerveau de cet avocat ou de ce rentier qui, au sortir de la ville, s’enfuient dans quelque village isolé, s’emparent de la bêche et du râteau et piochent, comme si leur vie dépendait du nombre des coups qu’ils assènent à la terre.