Le paysan n’est que le fermier de l’État. S’il néglige de cultiver sa terre, il n’est pas seulement frappé par la diminution de ses récoltes, il sait aussi que le gouvernement pourrait lui reprendre des champs, comme cela s’est fait déjà.
Simple fermier, il est évident que le paysan ne peut comparer son usufruit au droit de propriété qui, dans l’ancienne Rome par exemple, était le droit d’user et d’abuser. Il est usager, et il le sait bien et agit en conséquence ; son intérêt, d’ailleurs, est en parfait accord avec le droit de la communauté nationale.
Sans doute, il peut vendre sa terre, mais il ne vend jamais que l’usufruit ; l’État reste nu-propriétaire. Ce droit de vente si restreint est encore limité par une sage mesure : le champ patrimonial, celui qui renferme, en général, les tombeaux de la famille, reste inaliénable. Il constitue, pour chaque famille, une espèce de réserve obligatoire, de garantie assurée contre la misère.
Nos gouvernants ont voulu que chaque famille agricole fût en possession d’un terrain assez grand pour la nourrir. Ils ont distribué la terre en conséquence, et ont veillé, depuis, à ce que les parcelles ne vinssent point se réunir pour former de grands établissements agricoles, concentrés entre les mains de quelques possesseurs.
Les exploitations sont donc restées petites. C’est, du moins, le cas le plus général. Elles varient de 1 à 4 hectares de superficie. Il en est de plus grandes, mais le cas, en somme, est assez rare.
Je n’hésite pas à attribuer principalement à cette organisation de la propriété, l’aisance du paysan chinois. L’individu est privé d’un droit, c’est vrai. Mais l’expérience nous a démontré que ce droit, non seulement n’est pas nécessaire, mais encore est nuisible et qu’une nation d’agriculteurs n’est jamais aussi riche, aussi heureuse, que lorsqu’elle travaille paisiblement la terre, constituée en propriété nationale.
LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
— Il pleut et le ciel est si couvert, que nous en avons probablement pour toute la journée. Si vous voulez, au lieu de patauger dans les allées détrempées du Champ-de-Mars, nous allons visiter la Bibliothèque Nationale.
J’avais déjà entendu parler de cette collection incomparable de livres et de manuscrits, mais je ne la connaissais encore que de nom. Je fus donc heureux de profiter de l’occasion qui se présentait, pour examiner de près la grande institution dont on m’avait dit tant de bien.
Arrivés rue de Richelieu, nous franchissons la porte. Au vestiaire, on nous débarrasse de nos parapluies et nous nous dirigeons vers le secrétariat.