La question du catalogue est, d’ailleurs, aussi une question d’argent. La Bibliothèque n’est pas assez riche pour dépenser les quelques centaines de mille francs nécessaires.
Je ne pus m’empêcher de manifester mon étonnement au sujet de cet état de choses.
— C’est très ennuyeux, me dit mon guide, mais ce n’est pas notre faute. Je ne sais pas à quoi les générations qui nous ont précédés, dépensaient leur argent. Mais il est certain qu’elles n’ont pas fait ce qu’il fallait. Et nous, nous ne pouvons le faire. La situation européenne nous force à dépenser plus d’un milliard par an, pour l’armée et la marine. Nous n’avons pas à notre disposition les ressources dont nos pères n’ont pas fait l’usage voulu, et nous sommes obligés de nous résigner et d’attendre.
— Le budget de la Bibliothèque est donc bien petit ?
— Une centaine de mille francs par an. Juste ce qu’il faut pour faire marcher la machine très économiquement, et acheter les ouvrages étrangers indispensables. Nous n’y arriverions pas, sans une très sage mesure prise par le gouvernement il y a un siècle, et qui oblige tout imprimeur à déposer un exemplaire de chaque œuvre qui sort de ses presses, pour la Bibliothèque Nationale. C’est une faible dépense pour les éditeurs et une immense économie pour le grand institut que vous visitez.
Je trouvai, en effet, cette mesure très sage et très intelligemment conçue. J’admirai sans réserve la simplicité d’une prescription légale, à laquelle peu de gens, peut-être, font attention et qui obtient des résultats énormes, à si peu de frais.
Je remarquai encore la parfaite politesse des employés de tout rang et la peine qu’ils se donnent pour satisfaire les visiteurs.
Puis, mon ami ayant reçu son livre, se mit à travailler. De mon côté, je m’emparai du volume de la « Géographie Universelle », d’Élisée Reclus, qui traite de la Chine et je me plongeai dans la lecture de ces pages, doublement délicieuses pour moi.
Bercé par le style harmonieux du grand écrivain, du charmeur qui a su rendre la science, en apparence la plus aride, plus attrayante et plus passionnante que le roman et la poésie, plus vivante que la peinture et la sculpture, je ne m’aperçus point de la fuite rapide des heures.
Mon ami vint m’éveiller de mon extase.