Ils se montrent, pourtant : sur un cheval, que la crainte d’être battu empêche seule de céder à une autre crainte, bondit un étrange cavalier. C’est encore le lion, c’est le roi du désert, que la volonté de l’homme vient de réduire au rôle d’écuyer du cirque. Lui aussi, la peur de la cravache le maintient, l’empêche de plonger griffes et dents dans le cou de sa monture. Et l’exercice se poursuit ; les deux animaux, sous l’œil du maître, renoncent à leurs instincts et collaborent comme deux frères, pour le plus grand plaisir de la foule, qui applaudit de nouveau, heureuse encore une fois de fêter le triomphe de l’énergie humaine sur les forces brutales de la nature.

J’ai dit qu’en Chine, nous ne connaissons pas les cirques. Nous ne pouvons, en effet, les connaître.

Le cirque moderne est une transformation des anciennes arènes, dans lesquelles Rome faisait lutter gladiateurs contre gladiateurs et jetait les captifs, ramassés dans ses expéditions guerrières, aux bêtes fauves amenées des contrées les plus lointaines.

L’adoucissement des mœurs a fait disparaître les plaisirs barbares de l’antiquité, dont le dernier reste subsiste dans les courses de taureaux.

Isolés du monde romain, nous n’avons pu être influencés par les habitudes des conquérants de la terre. Une seule fois, un contact faillit s’établir, au moment où nos troupes, arrivées près de la Caspienne, purent songer à se mesurer avec les descendants de Romulus.

Le conflit n’eut pas lieu. A l’abri dans notre monde, séparé du reste du globe, nous n’avons pu importer les jeux cruels de la ville aux sept collines.

Nous ne pouvons donc en conserver le souvenir, nous ne pouvons pas avoir actuellement le cirque moderne, qui ne pénétrera chez nous que lorsque, familiarisés avec la vie occidentale, un grand nombre de nos compatriotes voudront naturaliser dans l’Extrême-Orient, ce spectacle bien innocent aujourd’hui.

Nous ne connaissons pas non plus ces ménageries ambulantes, qui promènent, par les villes et les villages, les bêtes féroces, exposées à la curiosité publique. Nous ne possédons même pas l’ours dressé, que son conducteur fait danser, dans les villages de l’Autriche et de la Russie.

Le seul animal que l’on dresse, en Chine, c’est le singe. Habillés, coiffés, les singes sont habiles à exécuter toutes sortes de tours et font, comme chez Corvi, la tranquillité des parents et le bonheur des enfants du Céleste-Empire.

Si nous n’avons ni dompté, ni songé à dompter tant d’animaux de tout climat que l’Européen a soumis à ses caprices, je dois avouer d’autre part, que nous n’avons pas encore de ménagerie publique, telle que celle du Jardin des Plantes. Ménagerie d’ailleurs toute moderne en Europe même, institution utile et agréable à la fois et que, bientôt je l’espère, nous posséderons à notre tour.